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Un forum milite pour l'acceptation religieuse et la coexistence

17/10/2008

Le second Forum International pour le Dialogue entre les Religions s'est achevé jeudi 9 octobre à Tunis. Iqbal Gharbi, l'une des participantes, a conclu que le dialogue entre les religions est une nécessité "urgente", pour éviter guerres et victimes, et dans lequel les femmes ont une place à tenir.

Interview par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 17/10/08

[Jamel Arfaoui] Le professeur Iqbal Gharbi milite pour la tolérance religieuse dans un monde globalisé qui, selon elle, alimente les stéréotypes et la méfiance.

Concluant le Forum International pour le Dialogue entre les Religions, qui s'est tenu la semaine dernière, les participants ont appelé les peuples de confessions différentes à faire preuve de tolérance religieuse et à coexister pacifiquement. Le Docteur Iqbal Gharbi, professeur de charia et de principes religieux à l'Université Zitouna de Tunisie, qui participait à ce forum, a parlé à Magharebia de la nécessité d'un dialogue interconfessionnel pour promouvoir la paix et la stabilité.

Magharebia: Pourquoi une nouvelle conférence sur l'harmonie et la concorde entre les religions?

Iqbal Gharbi: Le dialogue entre les religions reste pour nous une question urgente, afin d'éviter les conflits religieux et ethniques, comme la guerre en Irak, au Soudan et au Liban, et les conflits larvés dans de nombreux autres pays, qui épuisent les énergies et les richesses des peuples.

L'organisation de telles conférences est une bonne pratique que l'Université Zitouna entretient depuis fort longtemps avec l'aide de la fondation Konrad Adenauer. Nous vivons dans un monde plein de promesses et de menaces. La mondialisation, autant qu'elle favorise l'harmonie, entretient également les germes de la réclusion de l'identité, de la phobie, des stéréotypes et de la crainte de se mêler avec les autres. Et naturellement, ces craintes irrationnelles entraînent souvent le retrait, l'introversion et la haine de l'autre, ainsi que les idéologies de pureté ethnique et les pratiques monstrueuses du nettoyage ethnique.

Magharebia: Quel est le rôle de la religion dans le monde d'aujourd'hui ?

Gharbi: La religion, ou plus généralement la dimension spirituelle, est nécessaire aujourd'hui. Elle est une force hautement symbolique et morale qui peut être utilisée pour présenter des préoccupations et des problèmes de nature morale aux décideurs mondiaux.

Les leaders spirituels peuvent jouer le rôle de contre-pouvoir pour contester la logique de production à des fins de profit plutôt qu'à des fins de service de l'être humain. On compte actuellement 120 millions d'enfants qui meurent de faim et 200 autres millions privés d'éducation. Les défis d'aujourd'hui sont globaux par nature et vont bien au-delà des frontières régionales. Les dangers pour l'environnement transcendent également les frontières et constituent des menaces pour l'ensemble de l'humanité.

La seule guerre qui mérite notre engagement total n'est pas celle contre les Juifs, les Chrétiens, les Chiites ou d'autres. C'est la guerre de la civilisation contre la barbarie ; celle de la culture contre la sauvagerie moderne.

Magharebia: Quelles sont aujourd'hui les perspectives de dialogue ?

Gharbi: Le dialogue entre les religions n'a aucun sens sans un examen de l'histoire. Il est également sans utilité sans un engagement au dialogue avec soi-même, c'est-à-dire une ouverture aux multiples interprétations de l'Islam. Ces deux conditions sont nécessaires pour atteindre la maturité doctrinale.

Le dialogue entre les religions sera également inutile sans la reconnaissance des droits de toutes les minorités religieuses, l'acceptation des droits de la pleine citoyenneté de ces minorités et l'adoption, sans aucune réserve, de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, qui reconnaît la liberté religieuse.

Magharebia: Y a-t-il un rôle pour les femmes musulmanes dans le dialogue entre les religions ?

Gharbi: Les femmes se caractérisent en général par l'intelligence des émotions, un type d'intelligence qui est différent de l'intelligence pure. Ce type d'intelligence met en valeur l'intuition, les perceptions, les émotions et les sentiments. Les femmes jouissent d'une sensibilité aiguë à toutes les formes de mal, d'injustice et de tyrannie. Elles ont un sentiment instinctif de l'existence. Les instincts de vie sont supposés prévaloir sur tous les autres instincts de mort et de dissolution. La dimension spirituelle nous permet d'aller au-delà du rationnalisme instrumental perverti et de réinstaller le rêve et l'utopie sans renoncer aux gains du progrès.