30/09/2008
Composante essentielle des célébrations de l'Aïd en Tunisie, les friandises peuvent inciter les Tunisiens à parcourir de longues distances pour dénicher des spécialités régionales, faire la queue pendant de longues heures ou rester debout toute la nuit pour les préparer chez eux.
Par Mona Yahia pour Magharebia à Tunis – 30/09/08
![]() [Mona Yahia] Les friandises tunisiennes sont proposées selon différentes formes et tailles, et les Tunisiens ne reculent devant rien pour en faire des provisions suffisantes pour l'Aïd. |
Outre les nouveaux vêtements et les repas savoureux, les Tunisiens considèrent les friandises de l'Aïd comme une partie essentielle des célébrations entourant les derniers jours du Ramadan.
Ces friandises vont des "kaak al waraka" et autres "baklava" très chers aux "maqroudh" et "graiba" plus abordables. Invités et hôtes offrent ces friandises à l'occasion des traditionnelles visites qu'ils s'échangent.
"En cette occasion, la chose la plus importante est l'échange de voeux pour l'Aïd et les visites de la famille", explique Karima Jaami, 40 ans, en balayant toute critique selon laquelle ces friandises sont une occasion offerte aux familles aisées de faire état de leur richesse.
"Certaines familles ne se réunissent qu'à l'occasion de l'Aïd. La valeur des friandises et leur prix ne sont rien en comparaison des valeurs de la famille. N'importe qui peut acheter ce qu'il souhaite en fonction de ses possibilités et de son budget."
Certaines de ces friandises sont associées à des régions particulières de Tunisie. Nombreux sont ceux qui choisissent de se rendre à Kairouan, dans le centre du pays, pour y acheter le maqroudh local qui a fait la renommée de la ville. La ville de Zaghouan est, elle, connue pour son al waraka, et les friandises de Sfax sont appréciées pour leur qualité. Dans le sud de la Tunisie, d'autres recettes, comme le zlabia et le mkarek, se transmettent de génération en génération.
A Tunis, les clients attendent parfois des heures devant les magasins de friandises. Parfois, des querelles éclatent entre des clients qui s'impatientent ou par suite de différends avec les commerçants qui se comportent pour l'occasion comme des rois, face à des clients devenus esclaves de leurs envies.
"Quelle que soit la qualité des produits, nous sommes obligés de les acheter", explique Hedi Ben Said, 50 ans. "Pour ce qui est de la qualité, c'est l'affaire des ministères du Commerce et de la Santé… J'aimerais plus de fermeté dans les contrôles et une meilleure surveillance des prix qui augmentent sans raison."
Les commerçants réfutent ces accusations d'augmentation des prix.
"Je ne sais pas de quoi les clients se plaignent", affirme Hajj Mahmoud, propriétaire d'un magasin de friandises sur le vieux marché de Tunis. "Ils savent très bien que les prix des matières premières ne cessent d'augmenter sur les marchés mondiaux. Le prix des amandes, des noix, des engrais, des oeufs et des autres produits entrant dans la confection de ces friandises ont tous augmenté. Il est donc naturel que les prix soient plus élevés."
Le Ministère de la Santé a indiqué récemment qu'il avait procédé à 63 000 inspections sanitaires, y compris l'analyse de quelque 4 200 échantillons de produits. Il a précisé avoir envoyé 440 mises en garde écrites et proposé la fermeture de 152 boutiques.
De telles nouvelles ne font qu'encourager les familles qui souhaitent maintenir la tradition à confectionner elles-mêmes ces friandises.
Bien que les jeunes générations optent facilement pour la solution de facilité – acheter les friandises en magasin -, les vieux Tunisiens préfèrent encore les préparer eux-mêmes chez eux et les faire cuire dans les fours publics. Il n'est pas inhabituel de voir des femmes, des enfants ou même des hommes portant des parniers de friandises sur la tête se rendre dans une boulangerie de leur quartier, en particulier dans les quartiers défavorisés.
"J'ai passé toute la nuit à aider ma mère à préparer de la graiba", a expliqué Mounira Kamoun à Magharebia. "C'est difficile et fatiguant. Mais elle tient à préparer les friandises de l'Aïd à la maison. Elle dit qu'elles sont de meilleure qualité, plus propres et moins chères."