26/09/2008
L'Indice de Perception de la Corruption 208 publié par Transparency International classe le Maroc à la 80ème place, soit une chute de huit points par rapport à l'année dernière. S'ils restent optimistes quant à la lutte contre la corruption, les Marocains affirment que les causes profondes du problème doivent être traitées.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 26/09/08
![]() [File] Alors que le Maroc enregistre une chute dans l'indice de la corruption publié par Transparency International pour 2008, les Marocains expliquent que l'administration devrait porter les principaux cas devant la justice, afin de restaurer la confiance dans les autorités. |
Le Maroc a subi un revers dans sa lutte contre la corruption, selon les chiffres récemment publiés par Transparency International. L'Indice de Perception de la Corruption classe en effet que le Maroc 80ème sur 180 pays étudiés, soit une chute de huit places par rapport à 2007. Ce score provient de six enquêtes menées sur le terrain, conduites par des agences internationales indépendantes.
Rachid Filali Meknassi, le secrétaire général de Transparency Maroc, a déclaré lors d'un point de presse mardi 23 septembre que la corruption était devenue systémique. "La chute qu’a enregistrée le Maroc est due à la non-application effective des réformes annoncées par le gouvernement pour lutter contre ce phénomène", a-t-il déclaré.
Transparency a fait part de sa déception relative au décret de mise en place de l’instance centrale de prévention de la corruption, créant un organisme dépourvu à la fois de l’autonomie institutionnelle et de tout pouvoir d’investigation et de poursuite judiciaire.
La justice et l’administration figurent parmi les secteurs les plus touchés. L'association appelle les pouvoirs publics à fournir "plus d'efforts pour combattre la corruption dans le pays".
Transparency estime que parmi les mesures qui doivent être prises pour lutter contre la corruption doit se trouver une composante juridique. Il faut prévoir d’incorporer dans le système juridique des mesures appropriées pour assurer la protection contre tout traitement injustifié des personnes qui signalent aux autorités compétentes, de bonne foi et sur la base de soupçons raisonnables, tout fait concernant une infraction, selon les termes de la convention des Nations Unies contre la corruption.
Selon le gouvernement marocain, ce classement ne se fonde pas sur une analyse objective de la corruption, mais sur une simple étude de perceptions de celle-ci. Le gouvernement souhaite ardemment éradiquer ce phénomène, citant la création d'une instance centrale de lutte contre la corruption, ainsi que les mesures légales déjà en place, telles que l'adoption de lois relatives au blanchiment d'argent, la gestion déléguée ou la déclaration du patrimoine.
Néanmoins, il faudra des résultats concrets pour pouvoir atteindre les objectifs escomptés. Un plan d’action gouvernementale est en discussion depuis 2006, censé améliorer le classement du Maroc à l’indice de perception. Il s’assigne pour objectif de simplifier les procédures administratives, d’enraciner les valeurs et les normes d’éthique et de moralisation, de renforcer la transparence dans la gestion des marchés publics, d'améliorer le système de suivi, de contrôle et d’audit, d'éduquer, de sensibiliser et de communiquer.
Le député Lahcen Daoudi a expliqué à Magharebia que la corruption affecte tous les secteurs, à commencer par les élections.
"La corruption est une catastrophe et le gouvernement ne fait rien pour l’éradiquer. Il faut faire des barrières au niveau de la loi", explique-t-il.
Pour sa part, la parlementaire Fatima Mustaghfir affirme que la lutte contre la corruption est une question sur laquelle le public, l'administration et les autorités doivent tous assumer leurs responsabilités.
"Il est important de comprendre que la corruption est due à la faiblesse des salaires ainsi qu'au sentiment d’injustice. Il faut travailler sur ces points-là", a-t-elle déclaré à Magharebia.
Nombreux sont ceux qui considèrent que l’Etat doit agir au niveau des grands dossiers de corruption plutôt que de se focaliser sur les petites affaires. Hamid Zahrani, un informaticien, explique que pour donner l’exemple aux Marocains, le gouvernement se doit d’assainir l’administration et de porter les grands dossiers devant la justice, afin que le citoyen retrouve confiance dans les pouvoirs publics.