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La fatwa sur le mariage des mineures déclenche une enquête officielle au Maroc

25/09/2008

La fatwa très controversée concernant le mariage des mineures lancée au Maroc par le cheikh Mohamed Ben Abderrahman Al Maghraoui fera l'objet d'une nouvelle enquête gouvernementale, après la décision du procureur du Roi à Rabat.

Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 25/09/08

[habous.gov.ma] La fatwa très controversée lancée par le cheikh Al Maghraoui concernant le mariage des fillettes a déclenché une enquête juridique de la part du gouvernement marocain.

Les débats et la colère publique au Maroc, entourant une fatwa très controversée suggérant que le mariage de fillettes était autorisé, a donné lieu à une enquête officielle. Cette fatwa, lancée par le cheikh Mohamed Ben Abderrahman Al Maghraoui, explique les filles peuvent être mariées dès l'âge de neuf ans.

Le Conseil Supérieur des Oulémas a réagi dimanche 21 septembre à cette fatwa, en publiant un communiqué condamnant le mariage de fillettes mineures. Plus tard dans la journée, le procureur du Roi auprès du tribunal de première instance de Rabat a ordonné une enquête approfondie sur cette fatwa et sur la compétence d'Al Maghraoui.

L'avocate et députée Fatima Mustaghfir a expliqué qu'il s'agit d'une première dans l'histoire juridique du Maroc. Jusqu'à présent, aucune affaire de ce type n'était jamais venue devant les tribunaux.

"La justice doit intervenir pour lutter contre ce genre de fatwa", a-t-elle expliqué, "mais c’est essentiellement le rôle des oulémas et des imams du Maroc."

"Un juge peut parfois autoriser dans des cas exceptionnels le mariage des filles de 15, 16 et 17 ans après avis médical. Mais il est inconcevable de parler du mariage des fillettes de neuf ans", a-t-elle conclu.

Les réactions à cette fatwa ont été nombreuses. Avant même que le bureau du procureur du Roi n'ait pris sa décision, un avocat du barreau de Rabat, Me Mourad Bakkouri, avait déposé une plainte. Certains considèrent cette fatwa comme une atteinte au Code de la famille et aux droits des enfants, et affirment qu'elle renforce les risques de viol.

Nombreux sont ceux à avoir applaudi la décision du procureur de mettre un terme à ce débat.

Pour Hassan Boukoura, professeur d'enseignement islamique, il est de la plus haute importance d’interdire les dérogations qui risquent de devenir la règle.

"Le mariage au Maroc est régi par la loi", a affirmé M. Boukoura. "Nous saluons l’initiative du parquet général de poursuivre cet homme pour avoir tenté de détourner la loi."

L'infirmière Malika Sabri affirme que ce type de fatwa nuit à l'image du Maroc.

"Nous souffrons déjà d’une mauvaise image à cause du terrorisme ; nous n'avons pas besoin de ces opinions émises par des fous. J’espère que la justice fera le nécessaire dans cette histoire. Cette fatwa scandaleuse pourrait encourager le mariage précoce des filles, notamment au milieu rural."

Lahcen Daoudi, membre du Parti pour la Justice et le Développement, a déclaré que cette fatwa devrait simplement être discréditée et ignorée.

"C’est de la folie. On rentre dans un faux débat sur cette fatwa insensée qui n’a aucun effet sur les Marocains. Je ne crois pas que les gens vont écouter cet avis et marier leurs filles à neuf ans. Personne ne peut prêter attention à cet homme", a-t-il déclaré.

Tentant de se défendre sur la chaîne de télévision 2M, Al Maghraoui a expliqué que sa fatwa avait été mal interprétée. Il a indiqué qu'il ne parlait que de quelques cas isolés, où des fillettes de neuf ans pouvaient être mariées, dans la tradition du Prophète Mahomet.

Le communiqué du Conseil Supérieur des Oulémas précise qu'Al Maghraoui est connu pour ses tendances subversives et que nul ne saurait accorder la moindre attention à de telles opinions. Le conseil a souligné que l'âge légal du mariage est de 18 ans, comme le prescrit le Code marocain de la famille.