24/09/2008
Le leader de l'Organisation al-Qaida au Maghreb Islamique, Abdelmalek Droukdel, a diffusé un nouveau message audio dans lequel il tente une nouvelle fois d'expliquer les nombreuses pertes de civils causées par les attentats de son groupe.
Par Said Jameh pour Magharebia à Alger – 24/09/08
![]() [Said Jameh] En dépit des assurances de Droukdel, les chiffres récents montrent que 98 pour cent des victimes des attentats à la bombe d'al-Qaida sont des civils. |
Dans un message audio diffusé dimanche 21 septembre sur plusieurs sites web islamistes, le leader d'al-Qaida au Maghreb, Abdelmalek Droudkel, a tenté de défendre les récentes attaques meurtrières de son groupe en Algérie, affirmant que ses hommes "faisaient de leur mieux pour épargner les civils". Il a précisé que les récentes opérations terroristes menées par des éléments de son organisation étaient "choisies avec soin" pour viser les forces de sécurité.
Les affirmations de Droukdel contredisent cependant les chiffres officiels. Depuis les attentats d'Alger du 11 avril 2007, la majorité des victimes des attentats suicides du groupe ont été des civils.
Entre l'attentat suicide du 19 août contre une école de formation de la gendarmerie, l'attentat du 20 août contre un bus transportant des employés d'une société canadienne et un autre le même jour contre une caserne de l'armée, ce sont soixante et une personnes qui ont été tuées.
Les chiffres officiels publiés le mois dernier dans le quotidien Echorouk montrent que 98 pour cent des victimes des attentats suicides d'al-Qaida ont été des civils.
Le message audio diffusé cette semaine est la première apparition de Droukdel depuis qu'il avait accordé un entretien en juillet au New York Times.
Les analystes expliquent que ce message ne contient aucune information nouvelle, et qu'il constitue seulement une tentative de justifier les actions du groupe à la lumière du nombre de victimes innocentes.
Selon Hamid Yacine, un spécialiste des questions sécuritaires, ces messages montrent que Droukdel tente de rester visible dans les médias et "cherche une couverture de légitimité… après avoir affirmé que les victimes des opérations suicides étaient des civils".
Dans cette bande, Droukdel a également lancé une mise en garde aux Algériens, leur conseillant de se tenir à l'écart des bâtiments officiels et des lieux de rassemblement des Occidentaux, en particulier des Américains et des Français. "Ces (lieux de rassemblement) sont des cibles légitimes du groupe", a-t-il déclaré.
Il a appelé à la guerre sainte contre les "régimes apostats" au Maghreb et en Occident, réservant ses propos les plus durs pour l'Algérie et la Mauritanie.
Ces accusations n'ont rien de nouveau, explique Hamid Yacine à Magharebia. "Elles reflètent seulement de vieilles positions et de vieux discours qu'al-Qaida est habitué à tenir pour tenter de soulever l'opinion publique dans la région."
Les menaces de Droukdel surviennent à la suite de larges mesures de sécurité mises en place par les forces algériennes de sécurité avant le début du Ramadan. Elles comprennent une sécurité renforcée autour des bâtiments officiels, des représentations diplomatiques et d'autres lieux sensibles. Pour la première fois, le gouvernement a également bouclé les quartiers qui abritent les ambassades et d'autres institutions, comme le Palais présidentiel, après les renseignements selon lesquels une cellule terroriste se préparait à viser la résidence du chef de l'Etat.
Néanmoins, les menaces de Droukdel doivent être prises au sérieux, affirme M. Yacine, dans la mesure où ses agents sont à l'affût du moindre relâchement de la vigilance de la part des organismes de sécurité pour frapper à nouveau.
La diffusion de ce message audio coïncide également avec les critiques du groupe faites par Abdelkader Boukhemkhem, l'ancien leader du Front Islamique du Salut (FIS), aujourd'hui interdit.
Dans un entretien avec le quotidien El Khabar, Boukhemkhem avait déclaré que les actes commis par Droukdel et ses sbires n'ont "absolument rien à voir avec l'Islam".