15/09/2008
Le journaliste Ziad El Heni a intenté une action en justice contre l'Agence Tunisienne de l'Internet concernant la censure en ligne. Un tribunal de Tunis devra examiner ce dossier, le premier du genre, le 4 novembre.
Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 15/09/08
![]() [Jamel Arfaoui] Le journaliste tunisien Ziad El Heni met en cause les activités de l'Agence Tunisienne de l'Internet, refusant l'emploi de la censure en ligne par cette agence gouvernementale. |
Le bloggeur et journaliste tunisien Ziad El Heni a intenté une action en justice contre l'Agence Tunisienne de l'Internet (ATI), souhaitant obtenir réparation des préjudices subis par suite de la censure. C'est la première affaire de ce type intentée contre l'ATI depuis sa création en 1996 en vue d'administrer l'ossature nationale de l'Internet et de fournir des services en ligne.
Dans une déclaration à Magharebia, El Heni, rédacteur pour le quotidien pro-gouvernemental La Presse et membre du bureau directeur du Syndicat National des Journalistes Tunisiens, a déclaré : "Par cette action légale, j'ai voulu intenter un procès symbolique pour faire part de mon rejet de toute violation de mes droits en tant que citoyen à la liberté d'expression et de communication avec d'autres citoyens du monde par le biais de l'Internet."
"Pour le gouvernement, la fermeture ou le blocage d'un site web peut être une simple opération technique fondée sur son autorité légitime... mais dans ce cas, c'est un délit", a-t-il poursuivi. "Plus important, c'est la preuve que le gouvernement ne me respecte pas en tant que citoyen. Et lorsqu'un gouvernement ne respecte pas ses citoyens, il soulève des doutes et des questions sur sa légitimité."
El Heni a déclaré qu'il fondait son argumentation légale sur les articles 82 et 84 du Code tunisien des obligations et des contrats.
Le journaliste a fait partie des nombreux internautes tunisiens à avoir été surpris par le blocage par le gouvernement, le 18 août, du site web de rencontres très populaire Facebook. Ce blocage avait soulevé des critiques et des protestations dans l'ensemble du pays, et avait finalement été levé début septembre à la demande du Président Zine El Abidine Ben Ali.
Les arguments varient sur le motif de ce blocage, citant des raisons politiques ou de sécurité, mais aucun commentaire officiel n'a été fourni à ce jour.
El Heni comprend certes les préoccupations sécuritaires du gouvernement tunisien, mais s'en tient à ses convictions.
"Je comprends que des raisons de sécurité existent liées à la prévention du terrorisme", explique-t-il. "J'accepte volontairement de renoncer à une partie de mes droits au bénéfice de la sécurité générale, synonyme de sécurité pour nous tous. Mais je rejette fermement que l'exception devienne la règle."
Le blog d'El Heni, "Journaliste Tunisien", a reçu plusieurs messages de soutien après ce procès contre l'ATI.
Le bloggeur Achour Naji qualifie cette initiative de "superbe", en particulier si elle permet de susciter des actions similaires.
Big Trap Boy, le bloggeur tunisien rendu célèbre par ses critiques acerbes de la société et de la vie politique tunisiennes, apporte son soutien à El Heni. Le bloggeur affirme qu'il envisage lui aussi de porter plainte contre l'ATI et les fournisseurs d'accès à l'Internet, affirmant qu'ils partagent tous une responsabilité conjointe.
El Heni encourage les bloggeurs et les internautes à se joindre à lui dans sa confrontation juridique avec l'ATI. Il explique : "Nous avons lancé les préparatifs d'une action légale collective, dans laquelle des centaines de citoyens exigent que l'ATI soit condamnée pour ce blocage de sites web, et lui demandent de rouvrir des sites web bloqués comme YouTube et DailyMotion."
Le tribunal du district de Tunis a prévu une audience le 4 novembre pour examiner cette action en justice contre l'ATI. L'agence n'a pu être contactée par Magharebia pour commenter cette affaire.