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Médias et associations des droits de l'Homme condamnent le procès d'un bloggeur marocain

10/09/2008

Le bloggeur Mohammed Erraji a été condamné à deux ans de prison pour avoir critiqué le Roi du Maroc. Bloggeurs et groupes de défense des droits de l'Homme qualifient ce jugement d'"inacceptable".

Naoufel Cherkaoui et Sarah Touahri à Rabat ont contribué à ce rapport – 10/09/08

[helperraji.com] L'arrestation et la condamnation du bloggeur marocain Mohammed Erraji a suscité l'indignation des associations de défense de la liberté de la presse et des droits de l'Homme.

L'arrestation et le procès expéditif du bloggeur et journaliste marocain Mohammed Erraji ont été très largement condamnés par les médias et les associations de défense des droits de l'Homme dans le pays.

Moins de trois jours après son arrestation, Erraji s'est vu condamner lundi 8 septembre par un tribunal d'Agadir à deux ans de prison et à une amende de cinq mille dirhams pour avoir écrit un article jugé irrespectueux envers le Roi.

Cette arrestation et cette condamnation d'un bloggeur sont les premières de ce type au Maroc.

Ecrivant dans le journal en ligne Hespress, Erraji, âgé de 32 ans, a attribué "le classement honteux [du Maroc] au plan mondial" à un phénomène qu'il a qualifié de "permis de transport", où le Roi accorde des avantages spéciaux à certains citoyens.

"Il ne peut se contenter de les accorder à quiconque lui susurre une louange à l'oreille. Cela contribue à créer un armée de courtisans qui, au lieu de chercher à gagner leur vie par le travail, le font par la flatterie et les éloges..."

"Ce faisant, le Roi encourage le peuple à être dépendant", écrivait Erraji dans son article, publié jeudi dernier, un jour avant son arrestation.

Lundi matin au tribunal, le procès d'Erraji s'est déroulé en l'absence d'avocat, et n'aurait, selon des informations, duré que dix minutes.

L'affaire Erraji a fait la une de la blogosphère marocaine durant le week-end, mais a été quasi absente de la presse écrite jusqu'à ce mercredi, lorsque le quotidien Al Ahdath Al Maghribia s'est interrogé sur l'équité d'un procès sans avocat de la défense.

"Le juge doit demander au suspect s’il souhaite ajourner le procès pour chercher les services d’un avocat", écrit le journal. "Si le juge dépasse ce point-là, il enfreint ses prérogatives et altère un droit fondamental."

Le Syndicat National de la Presse Marocaine va plus loin, dénonçant ce procès comme "expéditif et qui ne vise qu’à légitimer un enlèvement de fait".

Abdelhamid Amine, vice président de l'Association Marocaine des Droits de l'Homme (AMDH), a déclaré à Magharebia: "Pour l’AMDH, il s’agit d’un jugement inacceptable car nous tombons encore une fois dans un procès de délit d’opinion et de presse… Aucun homme libre ne peut accepter la manière dont le procès s’est déroulé."

Abdelmalek Houzi, un membre de l'AMDH, a déclaré : "Je ne peux cacher ma colère au vu de pratiques répétées de prévention et d'arrestations motivées par les opinions et le droit d'expression… Ce sont-là certaines de ces lignes rouges qui ont été tracées partout, y compris dans la bouche des Marocains."

Les bloggeurs ont apporté leur soutien à Erraji, attirant l'attention de l'opinion internationale et créant un site web consacré exclusivement au soutien au bloggeur emprisonné.

Citizen Hmida se demande : "Est-il justifié de mettre en péril un équilibre délicat entre la liberté d'expression et le désir de certaines institutions de défendre une monarchie que personne ne remet par ailleurs en cause ?"

Le bloggeur Ibn Kafka écrit : "Il faut toutefois souligner que Mohammed Erraji a bénéficié de la clémence légendaire de la justice marocaine et a été condamné à deux ans de prison, alors que la peine minimale encourue pour ce délit est de trois ans, et cinq ans au maximum. Cela signifie qu'en théorie (en pratique, les juges pratiquent ce qu'ils prêchent), des circonstances atténuantes ont été retenues - mais lesquelles ?"