Magharebia
Édité sur Magharebia‎ (http://www.magharebia.com) ‎
http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/features/2008/08/31/feature-01

Les Algériennes obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les garçons

31/08/2008

Un récent rapport met en lumière une réalité nouvelle dans les écoles algériennes : les femmes semblent porter plus d'intérêt à l'apprentissage. Elles surclassent désormais leurs camarades masculins en termes de résultats.

Par Said Jameh pour Magharebia à Alger – 31/08/08

[Said Jameh] Les filles surclassent désormais les garçons dans pratiquement l'ensemble du système éducatif en Algérie, revendiquant plus de 67 pour cent des résultats obtenus lors des épreuves du baccalauréat 2008.

Un récent rapport publié par le gouvernement algérien montre que les garçons sont désormais moins nombreux que les filles dans les lycées et les universités du pays. Les professeurs de sociologie attribuent ce changement à la tendance des étudiants masculins de commencer à travailler plus tôt au lieu de poursuivre leur formation, et au désir des étudiantes de parvenir à un statut social plus élevé grâce aux résultats académiques.

Selon le rapport publié en juillet par le Conseil National Economique et Social (CNES), plus le niveau scolaire est élevé, moins le nombre de garçons est important. Si ces derniers dépassent encore les filles dans le niveau élémentaire et moyen, cette disparité s'inverse au lycée, où le nombre de filles atteint 596 347 contre 439 516 garçons. A l'université, les étudiantes sont 528 105, contre 410 662 étudiants.

Ce rapport met en lumière une nouvelle réalité dans les écoles algériennes : les filles semblent plus intéressées par la formation, et obtiennent de meilleurs résultats. Elles représentent 61 pour cent des diplômés de l'enseignement supérieur.

De plus, les filles sont fortement représentées dans l'élite intellectuelle algérienne, indique le CNES. Les femmes constituent 37 pour cent du secteur de la justice, 50 pour cent de celui des professeurs, 53 pour cent des professionnels de la santé, et 32 pour cent des hautes fonctions de l'Etat.

Les examens du baccalauréat du mois de juin dernier ont confirmé cette nouvelle dynamique. Les filles ont été 67,36 pour cent des nouveaux bacheliers, alors que le nombre de garçons ayant réussi aux examens n'a pas dépassé les 32,46 pour cent. Une lycéenne de Jijel a même obtenu les meilleures notes de la filière mathématique, avec une moyenne de 18,34 sur 20.

Les étudiantes sont nombreuses et enregistrent des taux de réussite élevés dans les lycées et les universités, tandis que leurs camarades masculins quittent l'école pour travailler, soulignent les experts.

La meilleure preuve de cette différence de motivation académique, explique le président du CNES Mohamed Seghir Babes, est le taux de réussite comparable des filles et des garçons au bac. M. Babes a demandé aux autorités publiques d'analyser rapidement les causes de ce phénomène et d'y apporter une solution.

Les garçons quittent les bancs de l'école et de l'université pour trouver un travail. Pour les filles, en revanche, le succès est synonyme d'émancipation de leurs familles, a expliqué à Magharebia Bekakria Djoudi, professeur de sociologie à l'Université de Bejaia.

"Leur succès académique les aide à débuter leur carrière et à ne dépendre que d'elles-mêmes, au lieu d'être dépendantes de leurs familles", explique-t-il.

Il ajoute que les filles considèrent l'éducation comme un moyen de parvenir à un statut social et d'obtenir des postes plus élevés, se libérant ainsi des "vocations stéréotypées telles que la couture et l'entretien de la maison".