28/08/2008
Durant le mois du Ramadan, les Marocains passent une grande partie de leur temps à regarder la télévision. Les différentes chaînes ont promis de meilleurs programmes cette année, mais les téléspectateurs restent sceptiques.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 28/08/08
![]() [Sarah Touahri] Les responsables marocains ont promis une meilleure programmation télévisée pour le Ramadan cette année. |
Chaque année à l'approche du Ramadan, un nouvel intérêt est porté aux programmes de la télévision nationale. Durant ce mois sacré, les deux chaînes publiques se concurrencent pour offrir aux téléspectateurs marocains des programmes nouveaux et attrayants, émissions de variété, sitcoms et feuilletons.
Les téléspectateurs attendent avec impatience la nouvelle grille, espérant que la qualité des programmes sera meilleure cette année et mettra un terme à l’improvisation et à l’amateurisme des dernières années.
Selon la Société Nationale de Radio et de Télévision (SNRT), cela fait maintenant un an que les choses se préparent pour éviter la médiocrité des productions. A la fin du Ramadan 2007, le directeur général de la SNRT Faisal Laraichi avait demandé aux sociétés de production de faire appel à des spécialistes pour préparer leurs propositions et de se laisser suffisamment de temps pour finaliser les programmes.
La SNRT s'est engagée à fournir pour ce Ramadan une grille de programmes de qualité, affirmant que le comité consultatif avait fait preuve de la plus grande prudence dans son choix.
Une première présentation des programmes publiée mercredi 27 août par L'Economiste donne les programmes suivants : "Mbarak ou Massoûd", un nouveau sitcom inspiré de la vie quotidienne ; des interviews par Rachid et Hicham de stars, parmi lesquelles Khaled, Alpha Blondy, Amel Bent et Chimène Badi ; le retour du sitcom "Sir Hta Dji", le programme traditionnel "Rommana wa Bartal" et la série policière "Al Qadia".
Seront également proposés des spectacles de comédie, des spectacles musicaux de style soufi, malhoun et aïssaoua, et un grand nombre de films marocains et étrangers. La chaîne 2M diffusera chaque mardi soir un feuilleton original, "Les hirondelles reviennent toujours", ainsi que plusieurs films marocains : "Réveille-toi Maroc" de Narjiss Nejjar, "Mémoire en détention" de Jilali Ferhati, "Rêve marocain" de Jamal Belmejdoub, "Tilila" de Mohamed Mernich et "Les cœurs brûlés" d'Ahmed El Maouni.
En dépit des promesses passées des responsables de répondre à tous les goûts et de favoriser les émissions marocaines, le public critique toujours le manque de crédibilité de certains présentateurs et les erreurs de production qui ont tendance à bâcler les programmes nationaux.
Samira Boulfatah, une étudiante, a expliqué à Magharebia que les téléspectateurs ont souvent "honte des productions nationales qui sous-estiment le niveau des Marocains. Les mêmes visages reviennent chaque année avec presque les mêmes sujets et commettent également les mêmes erreurs."
"On n’a plus confiance et on préfère voir d’autres chaînes arabes qui respectent l’intelligence du téléspectateur", ajoute-t-elle.
De nombreux Marocains ont fait part des mêmes sentiments à Magharebia. Ils en ont assez de voir repris les programmes antérieurs, et souhaitent voir des programmes marocains de qualité, qui répondent à leurs attentes.
"On attend toute une année pour voir de nouvelles productions nationales. Mais la déception est toujours au rendez-vous", explique Siham Skali, un fonctionnaire. "On en a assez de voir toujours Abdelkhalek Fahid, Lkhyari ou encore Hassan El Fad, trois présentateurs qui monopolisent l’écran en cette période. Il faut accorder la place aux jeunes."
Le critique d'art Mohamed Jabraoui explique que le problème des productions marocaines réside dans leur périodicité. "Au Maroc, on ne produit des programmes télévisés que pour le Ramadan. Et toute l’année, les artistes restent au chômage. On vient solliciter leurs services à la dernière minute. Aussi recourent-ils à l’improvisation car ils ne sont pas préparés."
"Nombreux sont les comédiens à accepter des propositions médiocres pour avoir la chance de passer à la télévision à cause de la rareté des productions. Il est normal que leur rendement ne soit pas à la hauteur des aspirations", explique-t-il, ajoutant que les autres pays arabes consacrent des budgets conséquents aux différentes productions télévisées pour assurer leur réussite. C'est la raison pour laquelle de nombreux artistes marocains talentueux partent, notamment en Syrie, pour se frayer un chemin sûr vers la célébrité au lieu de rester inconnus au Maroc.