25/08/2008
Les maigres résultats enregistrés par le Maroc lors des Jeux Olympiques de Pékin conduisent certains supporters, athlètes et entraîneurs du royaume à mettre en cause le soutien gouvernemental aux programmes d'entraînement sportif.
Par Mawassi Lahcen pour Magharebia à Casablanca – 25/08/08
![]() [Mawassi Lahcen] C'est un Jaouad Gharib (à gauche) exténué mais ravi qui présente sa médaille d'argent décrochée lors du marathon à Pékin. |
Le Maroc avait envoyé une importante délégation à Pékin : quarante-neuf athlètes, dont onze femmes, représentaient le royaume dans différentes disciplines. Mais les résultats finaux ne sont pas à la hauteur, avec une seule médaille d'argent remportée par Jaouad Gharib dans le marathon et une de bronze décrochée par Hasna Benhassi au 800 m dames.
L'absence de grand succès olympique laisse un goût amer dans les rues du pays. Le professeur d'éducation physique Ftahi Jamal estime que la principale raison à ces résultats est l'absence d'une politique sportive clairement définie au Maroc.
"Nous dépendons encore d'athlètes autodidactes ou d'athlètes ayant bénéficié des conditions qui leur sont fournies par d'autres pays", explique-t-il. "C'est la raison pour laquelle le Maroc n'a participé à aucune épreuve par équipes, comme le football ou le basket... il est impossible de former une équipe sur la seule base de ses moyens propres, comme c'est le cas dans les sports individuels."
Yathreb Zakaria, propriétaire d'une boutique de vêtements, estime que les résultats obtenus par le Maroc étaient attendus, au vu des capacités du pays. "Nous ne devons pas oublier que le Maroc est un pays pauvre, qui n'a pas les mêmes capacités à créer des athlètes de haut niveau dans tous les sports", explique-t-il. "Il suffit de voir la répartition des médailles aux Jeux Olympiques pour constater que le nombre de médailles remporté par chaque pays est proportionnel à son poids économique et aux moyens qu'il peut débloquer pour le sport."
L'ancienne star du football marocain Aziz Bouderbala a fait part à Magharebia de son amertume et de son mécontentement au vu des résultats. Il a déclaré : "Depuis mon retour au Maroc, j'entends parler de plans pour promouvoir le sport au Maroc, et de nouvelles politiques et stratégies élaborées par les responsables. Malheureusement, les résultats sont contraires à ces discours volontaristes et proclamés très haut."
Pour leur part, les responsables du sport au Maroc expliquent que c'est le manque de soutien financier qui est le principal responsable de ces résultats. Jamal Kaed, directeur de la promotion et des programmes au complexe sportif Moulay Abdullah et à la base navale de Mohammedia, estime que ces résultats étaient escomptés.
"A l'exception de l'athlétisme, où le Maroc dispose d'une équipe forte bénéficiant d'un entraînement et d'une préparation intensifs à la fois au Maroc et à l'étranger", explique-t-il, "nos chances étaient très réduites au vu de la féroce concurrence." Et M. Kaed d'ajouter : "La raison en est bien connue. Pour dire les choses rapidement, le budget du Ministère marocain de la Jeunesse et des Sports est inférieur au salaire d'un footballeur professionnel."
Hasan Botkiout, le directeur des équipes nationales au ministère, répond à ces critiques en expliquant que les choses ont commencé à changer. Il affirme que le Maroc dispose d'une politique cohérente et systématique de préparation des athlètes en vue des Jeux Olympiques.
"Ce n'est pas un hasard si nos chances sont meilleures en athlétisme", explique-t-il. "Depuis 1984, le Maroc a adopté une politique spécifique pour l'athlétisme, en créant l'Institut National de Rabat et des centres d'entraînement à Ifrane, Casablanca et Maamoura Forest."
Depuis 2007, poursuit-il, le ministère a élargi ces infrastructures permanentes à d'autres sports tels que la boxe, le judo, le cyclisme, la lutte et l'haltérophilie.
Interrogé sur les maigres résultats du Maroc y compris dans le domaine phare de l'athlétisme, M. Botkiout ajoute : "Nous sommes dans une phase de transition. Les grands champions commencent à vieillir, et les jeunes en sont encore au stade du développement et de l'acquisition de l'expérience. Nous sommes donc totalement confiants pour l'avenir."