19/08/2008
Un attentat-suicide perpétré ce mardi a tué des dizaines de jeunes recrues. Certains observateurs notent des similitudes avec les opérations d'al-Qaida en Irak.
Said Jameh à Alger a contribué à cet article – 19/08/08
![]() [Said Jameh] Des militaires et des personnels d'urgence évaluent les dégâts de l'attentat-suicide meurtrier perpétré ce mardi en Algérie. |
Dans ce qui est à ce jour l'acte terroriste le plus meurtrier de cette année en Algérie, un kamikaze a tué au moins quarante-trois personnes et en a blessé trente-huit autres mardi 19 août. L'explosion visait une file de jeunes candidats à l'entrée de l'examen d'une école de formation de la police à Issers, à environ 60 km à l'est de la capitale.
"C'est un acte contre les Algériens", a déclaré le Ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni sur le lieu de l'explosion, entouré de nombreux membres des forces de sécurité et de journalistes. M. Zerhouni et le commandant de la Gendarmerie nationale Ahmed Boustila sont arrivés sur place immédiatement après l'attentat pour tenter d'évaluer les pertes.
M. Zerhouni a déclaré que cet attentat avait été mené par "des éléments terroristes qui se cachent dans les montagnes qui vont de Tizi Ouzou à Skikda, en passant par Bejaia et Jijel".
L'explosion a été entendue dans les villes voisines et des membres des corps des victimes ont été retrouvés loin du lieu-même de l'attentat, indiquant la force de l'explosion.
"C'est un carnage monstrueux, c'est une catastrophe. Que Dieu les punisse pour le crime qu'ils ont commis contre ces jeunes et leur pays", a déclaré le père de l'une des victimes à l'agence AFP.
Selon une source de sécurité, qui a préféré conserver l'anonymat, l'explosion a également tué trois civils qui circulaient en voiture, ainsi qu'un bébé dans un bus des transports publics.
A environ sept heures du matin, l'entrée de l'école de formation des officiers et des responsables civils de la Gendarmerie regorgeait de candidats venus de toutes les provinces de l'Algérie, et qui faisaient la queue pour se présenter au concours d'entrée. Seuls les meilleurs bacheliers pouvaient passer ces examens.
Il reste à déterminer si un seul kamikaze a fait exploser la voiture piégée, ou si un autre terroriste portant une ceinture explosive avait réussi à se mêler aux candidats.
Les observateurs ont noté la similitude avec les attentats-suicides perpétrés par al-Qaida en Irak contre les nouvelles recrues de l'armée et de la police.
"Al-Qaida se devait de mener une opération spectaculaire", a déclaré le spécialiste des questions de sécurité Mouloud Morchedi, après les récents coups sévères portés à l'organisation, en particulier la mort de douze terroristes il y a deux semaines à Tizi Ouzou, parmi lesquels des leaders d'al-Qaida.
Selon M. Morchedi, l'attentat d'aujourd'hui indique qu'al-Qaida étend ses opérations au-delà des provinces de Tizi Ouzou et de Boumerdès.
Le nombre de victimes de cet attentat-suicide dépasse les quarante et un morts de l'attentat du 11 décembre 2007 à Alger contre les bureaux du Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies et la Cour Constitutionnelle.
L'attentat d'aujourd'hui à Issers fait suite à des affrontements meurtriers, dimanche 17 août, lorsque plus de vingt hommes armés ont attaqué un convoi de trois véhicules qui patrouillait dans les montagnes d'Oued Zega, près de Skikda. Après avoir fait exploser des mines sur la route, les terroristes avaient ouvert le feu sur les membres des forces de sécurité venus en renfort de leurs collègues. Au moins trois soldats et huit policiers avaient été tués, avait indiqué la presse locale et internationale. Cette attaque avait également blessé douze membres des forces de sécurité. Le commandant de la région militaire, le lieutenant-colonel Rahmouni Mohammed, comptait parmi les victimes.
Les terroristes avaient dépouillé les soldats abattus de leurs uniformes et de leurs armes, avait précisé l'AFP. Selon l'agence AP, les officiers avaient également été décapités.
Trois jours plus tôt, toujours à l'est d'Alger, le commandant de la région militaire de Jijel, le colonel Abdelkader Yamani, et son chauffeur avaient été abattus lorsque leur véhicule avait été la cible d'une bombe télécommandée.