03/08/2008
Le responsable politique marocain Fouad Ali El Himma est depuis longtemps connu des médias, grâce à ses relations étroites avec le Roi Mohammed VI. L'annonce de sa nomination à la tête d'un nouveau parti politique est largement vue comme un défi direct au parti islamiste d'opposition, le PJD.
Hassan Benmehdi à Casablanca a contribué à cet article – 03/08/08
![]() [Hassan Benmehdi] La formation d'un nouveau parti politique dirigé par Fouad El Himma est largement perçue comme visant directement le PJD. |
Cinq partis politiques marocains et trente-cinq députés de la Chambre des représentants ont décidé d'unir leurs forces pour former un seul mouvement politique, le Mouvement de Tous les Démocrates (MTD), a annoncé le dirigeant de ce nouveau parti, Fouad Ali El Himma, mardi 29 juillet.
"La création d'un parti politique est la conséquence naturelle de notre désir et de notre détermination à jouer un rôle politique national", a déclaré à Magharebia l'un des membres du MTD, qui a souhaité gardé l'anonymat.
El Himma, ancien Ministre de l'Intérieur, actuellement député et ami d'enfance du Roi Mohammed VI, avait lancé l'idée du MTD il y a cinq mois. Les médias ont indiqué qu'il se présente comme un partisan inconditionnel et permanent de la monarchie.
Le processus de dissolution des cinq partis qui constituent ce mouvement – le PND (Parti National Démocratique), al-Ahdi, l'Alliance des Libertés, l'Inititiave Citoyenneté et Développement et le Parti pour l'Environnement et le Développement – a déjà commencé. Le congrès fondateur du MTD est prévu en novembre.
Pour l'instant, les visées politiques d'El Himma pourraient être assombries par son statut de célébrité de la politique.
"En un mot, Fouad est partout", a écrit le magazine Telquel dans son article de couverture du 13 juin à propos d'El Himma. "Mohammed VI est Roi, Fouad est son ombre", écrit TelQuel, ajoutant que "la star du MTD [est] devenu vice-Roi".
Qualifiant également El Himma "d'ami du Roi", l'agence AFP indique que ce "jeune député" a créé un parti dont les membres "souhaitent réduire l'influence des islamistes au Maroc".
Un certain nombre d'observateurs reconnaissent que ce nouveau parti se positionne en vue d'une confrontation directe avec le PJD, le Parti pour la Justice et le Développement, d'obédiance islamiste.
"Cela est tout à fait clair", écrit Le Reporter dans son éditorial du 28 juillet. "Le MTD s'est désigné un adversaire politique parfaitement identifié — le pôle islamiste".
Concrètement, le but d'El Himma est de contrer les islamistes lors des prochaines élections et de contenir "le raz-de-marée islamiste", poursuit le quotidien, notant qu'en s'opposant au PJD, El Himma ne fait que "défendre le trône et servir la monarchie".
Elu le 20 juillet, le nouveau secrétaire général du PJD, Abdelillah Benkirane, a également été décrit comme un défenseur de la monarchie.
Certains affirment que la politique conduite par Benkirane est moins critique vis à vis de la monarchie, représentant un Islam modéré qui lutte contre le radicalisme en politique et en matière de sécurité.
Pour l'heure, le PJD se sent visé. Dans un entretien publié dans La Nouvelle Tribune, Mustapha Ramid, membre du PJD, explique que El Himma doit respecter le jeu démocratique et ne pas user de ses relations pour influencer les élections.
Les autres composantes de l'échiquier politique marocain réservent leur jugement.
Nabil Benabdellah, membre du Parti pour le Progrès et le Socialisme (PPS), estime que l'émergence d'un nouveau parti n'a rien d'exceptionnel dans un pays qui compte déjà près de trente entités politiques.
Latifa Smires, du parti Istiqlal, pense pour sa part que seul le temps dira comment le nouveau parti d'El Himma se positionnera.
D'autres affirment que l'apathie politique des citoyens marocains est le signe d'une scène politique en crise.
Hakim, un habitant de Casablanca, estime que ce nouveau parti ne changera rien, tant que les partis marocains refuseront d'écouter la voix des citoyens.
Son ami Ali pense qu'il devrait remodeler la scène politique dans son ensemble et lui donner une nouvelle direction.
"Mais", a-t-il déclaré à Magharebia, "[El Himma] ne doit pas tirer parti de ses relations avec certaines hautes personnalités de l'Etat, parce que cela serait contraire aux principes de la démocratie".