Magharebia
Édité sur Magharebia‎ (http://www.magharebia.com) ‎
http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/features/2008/07/29/feature-02

Une polémique lancée au Maroc sur les avantages étatiques aux promoteurs immobiliers

29/07/2008

Le Gouvernement marocain, les politiciens et les hommes d'affaires ne s'accordent pas sur les allégations récentes selon laquelle un promoteur immobilier aurait été autorisé à acheter des terres à l'Etat à des prix sacrifiés.

Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 29/07/08

[Sarah Touahri] L'ancien Premier Ministre Driss Jettou a tenu mardi 22 juillet un point de presse afin de dissiper les controverses concernant les partenariats immobiliers entre le public et le privé.

Une grande controverse concernant les allégations sur l'implication de l'Etat dans des transactions immobilières abusives a rassemblé l'attention du public marocain, la semaine dernière. Miloud Chaâbi a accusé l’Etat d'avoir cédé des terrains sans appel d’offres préliminaire au promoteur privé du Douja Promotion Group Addoha S.A .

Il accuse le groupe Addoha de bénéficier des largesses des pouvoirs publics et s'interroge sur l'acquisition faite par l'entreprise de plusieurs larges terres.

"Depuis qu’elle est entrée en Bourse, Addoha a reçu plus de 5 000 ha de terrains pour l’équivalent de 2 milliards de dirhams alors qu’en réalité ils valent plus de 25 milliards de dirhams", dit-il.

M.Châabi qui est également député à la première chambre du Parlement a demandé la constitution d’une commission d’enquête autour du sujet.

Addoha a réalisé de bonnes transactions récemment, surpassant le marché boursier de Casablanca. Le 14 juillet, l'entreprise a annoncé qu'elle demanderait aux actionnaires, le 13 août, d'approuver des obligations d'un montant de 3 milliards de dirhams au cours des cinq prochaines années et une division d'action de 10-pour-1.

Afin d’éclaircir la situation, l’ex-premier ministre Driss Jettou a tenu mardi 22 juillet un point de presse, le premier du genre après son départ de la primature.

Il a affirmé qu' "aucun dossier d'investissement dans le domaine du foncier n'a été traité hors de la procédure prévue par la loi". Il a ajouté ": "Tous les promoteurs étaient égaux devant la loi et devaient tous suivre les mêmes procédures administratives".

Il a souligné que la vente des terrains de l’Etat aux promoteurs immobiliers privés à un prix bas vise à résoudre rapidement le problème du logement et de l'habitat insalubre, ajoutant : "Il était impossible de passer de 40.000 à 200.000 logements en un laps de temps, sans la mobilisation de terrains."

"Ces derniers n'ont de valeur que par les projets qu'ils abritent et, au Maroc, le foncier, ce n'est pas cela qui manque", a dit Jettou aux reporters.

L'ancien Premier ministre a remarqué qu'alors que "le système est forcément perfectible... mais l'Etat ne doit en aucun cas faire marche arrière s'agissant de sa politique d'encouragement à l'investissement ou de stabilisation des prix."

Le président de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM), Moulay Hafid Elalamy, déclare que la vente de terrains aux investisseurs marocains et étrangers se passent conformément aux procédures mises en place. De plus, il déclare que tous les intérêts visant à bénéficier des offres sont pris en compte de manière égale.

"Les critiques du groupe Chaâbi contre le groupe immobilier Addoha, qui aurait bénéficié d'un traitement privilégié dans le cadre de l'octroi de terrains de l'Etat, sont en fait dirigées contre le modèle économique marocain dans sa composante du partenariat public-privé", dit-il.

En dépit de tout, Miloud Chaâbi ne compte pas baisser les bras. Il continue de recueillir les signatures des députés pour créer la commission d’enquête relative à cette affaire. Jusqu’à présent, 80 parlementaires ont donné leur accord sur un total de 325.

Il dit avoir toutes les preuves nécessaires.

Parce qu'ils trouvent que les avantages offerts aux promoteurs privés ne se répercutent pas favorablement sur les prix de vente des appartements, de nombreux marocains attendent eux aussi des explications.

Je crois que Miloud Chaâbi a raison,"s’exclame Farid Lmouden, enseignant. .

"L’Etat vend des terrains à 50 et 100 /m2. Une fois construits, on vend l’appartement jusqu’à 20.000 dirhams/m2. A qui profitent donc les avantages ?", demande-t-il.