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Le village de Beni Djemaa sous le choc après la décapitation d’un agriculteur

23/07/2008

Un village algérien reste en état de choc après que des terroristes eurent mis une maison à sac et décapité un agriculteur. Cet incident rappelle à de nombreux habitants les jours sombres de la décennie 1990.

Hayam El Hadi et Said Jameh à Alger ont contribué à ce rapport – 23/07/08

[Hayam El Hadi] Le paisible village de Beni Djemaa a été plongé dans l'horreur après qu'un groupe de terroristes eut décapité un agriculteur de 66 ans samedi dernier.

Le village de Beni Djemaa, dans la wilaya de Blida, a replongé dans l'horreur après qu'un groupe de terroristes eut mis à sac une ferme et décapité un agriculteur de 66 ans, dans la soirée de samedi 12 juillet. La presse algérienne est restée silencieuse sur cette affaire.

L'horreur a débuté samedi, aux environs de 20h00, lorsque que plus de vingt hommes âgés de moins de 40 ans entrèrent de force dans la petite ferme.

"Ils étaient armés jusqu’aux dents et portaient des tenues militaires", a expliqué le fils de l'agriculteur, qui était présent sur les lieux. "On était persuadés qu’il s’agissait de militaires en train d’effectuer une opération de ratissage."

Mais la famille comprit rapidement qu'elle avait affaire à des terroristes.

"Une fois à l’intérieur de la maison, ils ont commencé par m’arracher mon téléphone portable", explique le fils. "Ils nous ont ordonné de rester dans la cuisine sous la surveillance de trois de leurs acolytes. Pendant ce temps, ils ont fouillé toute la maison ."

Les terroristes ne tardèrent pas à demander de l’argent et des bijoux.

"Ils voulaient l’argent que mon père venait de recevoir dans le cadre de la politique d’aide aux agriculteurs. Il possédait la somme de 200 000 dinars que les terroristes ont pris. Ils ne se sont pas contentés de cette dernière, puisqu’ils ont exigé les bijoux de ma mère et de mes sœurs ainsi qu’un fusil de chasse qui appartenait à mon frère. Aussitôt ce butin ramassé, ils ont exigé de nous qu’on reste à l’intérieur de la maison. Ils ont menacé de mort toute personne qui tenterait de sortir."

Après le départ du groupe, la famille terrorisée pensait que le pire était passé.

Ce qu'elle ignorait, c'est que M.A, le chef de famille, rentrait de la mosquée et allait rencontrer le groupe terroriste.

Une rencontre fatale, puisqu’aux dires des témoins, l’agriculteur a eu une dispute avec les terroristes pour une raison qui reste inconnue. Ils l'ont alors ligoté puis traîné pour être ensuite égorgée devant tout le monde.

Les forces de sécurité retrouvèrent le corps décapité de la victime baignant dans une mare de sang.

Plusieurs jours après, les villageois sont encore traumatisés par cet assassinat sauvage d'un homme sans arme, que chacun connaissait dans ce village de moins de cinq mille habitants.

Il rappelle à de nombreux habitants les journées sombres de la décennie 1990, lorsque les terroristes n'hésitaient pas à trancher au hasard la gorge de femmes, d'enfants et de vieillards.

Pour tenter de comprendre un acte aussi brutal, Magharebia s'est entretenu avec Mouloud Morchedi, un spécialiste de la sécurité.

"Le meurtre de cet agriculteur pourrait être une opération de représailles, pour avoir refusé de céder au chantage", explique-t-il.

"Les rançonneurs visent souvent les agriculteurs, les commerçants et d'autres professions par les impôts qu'ils tentent de prélever."

Cet assassinat, perpétré dans une région qui abritait autrefois le Groupe Salafiste pour le Prêche et le Combat, n'a encore été revendiqué par aucun groupe. Le GSPC, devenu depuis l'Organisation al-Qaida au Maghreb Islamique, avait subis un revers majeur en juin 2007, lorsque les forces algériennes de sécurité avaient lancé une vaste opération de recherche et de capture dans toute la région de Meftah et dans les plaines de la Metidja.

Les responsables algériens expliquent que ces opérations ont privé les terroristes des outils qu'ils utilisaient pour se financer, en les coupant effectivement de leurs sources de revenu.

"Cet incident peut être vu dans le cadre des tentatives des groupes terroristes de trouver des ressources pour palier leur manque de financement", note M. Morchedi, ajoutant que la victime aurait pu identifier les assaillants, obligeant ceux-ci à le tuer pour terroriser sa famille. L'expert en sécurité souligne également la proximité de la zone avec la région de Boumerdès, souvent visée par les membres d'al-Qaida. Cette attaque sauvage n'a reçu qu'un faible écho dans la presse. Certains journalistes expliquent que cela est dû au fait que le Ministère de l'Intérieur, qui gère en général les informations publiques relatives au terrorisme, n'a publié aucun communiqué officiel sur cet incident.

Le gouvernement algérien a toutefois fait récemment un certain nombre de déclarations générales, décrivant les terroristes du pays comme agissant de manière désespérée, vivant leurs "dernières heures".