21/07/2008
Après s'être concentrée sur l'administration publique pendant des années, l'université marocaine est lente à s'adapter aux besoins du marché du travail.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 21/07/08
![]() [Sarah Touahri] "Un manque de compétences flagrant" des diplômés des universités marocaines devrait être pallié par l'introduction de davantage de cours de formation professionnelle, explique Jamal Aghmani, Ministre du Travail. |
L’université marocaine peine à redorer son image auprès des jeunes et des employeurs malgré la réforme appliquée depuis 2003. L’adaptation de l’université aux exigences du marché de l’emploi demeure, en effet, un sujet brûlant d’actualité.
Les leaders du milieu des affaires et les officiels du Gouvernement semblent reconnaître que les cours de formation professionnelle préparent mieux les étudiants à l'emploi que les diplômes universitaires traditionnels.
Le ministre de l’emploi et de la formation professionnelle Jamal Aghmani souligne à Magharebia le manque flagrant de compétences dans certaines spécialités. Sa solution : programmer des licences professionnelles afin de répondre aux besoins des entreprises.
Mohamed Bardouzi, chef d’entreprise, signale sur le même ton que l’université est encore loin de répondre aux besoins du monde du travail notamment dans des secteurs pointus tels que l’offshoring ou l’ingénierie.
" Personnellement, je préfère recruter un jeune lauréat de l’Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail car ils sont opérationnels même s’ils n’ont qu’un baccalauréat + 2. Je crois que les licenciés de l’université n’ont pas de place dans le secteur privé. ", dit-il.
Son avis est partagé avec l’entrepreneur Marouane Debbagh qui explique qu’en dépit de la réforme, le savoir des lauréats de l’université est plutôt théorique.
" Je crois que les responsables du département de l’enseignement supérieur doivent réfléchir à des mesures afin de doter les lauréats des universités des compétences exigées notamment par le biais des stages professionnels dans les secteurs public et privé ", dit-il.
Saâd Mohammadine, étudiant en troisième année sciences économiques, déclare " la formation est dans sa majorité théorique. Les stages ne sont pas obligatoires. Une fois le diplôme en poche, le licencié peine à trouver un travail car on demande toujours des profils diplômés des écoles de formation professionnelle. "
Sara Joual, étudiante en deuxième année Droit, dit qu’elle n’imagine pas qu’elle pourra trouver un travail dans le secteur privé.
" franchement, si j’étudie c’est pour avoir un diplôme en poche. Je sais que les perspectives d’embauche sont limitées", dit-elle.
"Peut-être que je vais me convertir par la suite vers la coiffure ou l’esthétique pour garantir mon gagne-pain même si ces métiers n’ont rien à voir avec le droit et les sciences politiques que je suis en en train d’étudier", conclut-elle.
Le Ministère de l’Enseignement Supérieur s'en tient à ses réformes, insistant sur le fait que les universités s'efforcent de s'adapter aux besoins actuels. Un porte-parole du Ministère a dit à Magharebia que le Maroc n'est plus une université qui formait pour l'administration, mais une université accompagnant les grands chantiers entrepris par le Royaume comme à l'étranger.
Le professeur Jamal Badrane affirme que la réforme instaurée depuis 2003 a donné à l'université l'autonomie nécessaire et les structures internes qui lui permettent de faire son auto-réforme.
" L'université paraît ainsi libre de proposer les formations qu'elle juge adéquates en fonction de ses ressources humaines et matérielles", dit-il.
Pour Badrane, la question est celle de la confiance.
Il appelle les employeurs à faire confiance aux lauréats des universités marocaines soulignant que ces derniers doivent avoir confiance en leurs compétences.