06/07/2008
Mme Yasmina Baddou, Ministre marocain de la Santé, est apparue à la télévision nationale le 1er juillet pour présenter sa feuille de route visant à réformer le secteur de la santé. De nombreux Marocains se plaignent de la mauvaise gestion de ce secteur et affirment que les soins sont dispensés en fonction de la situation financière des patients.
Par Hassan Benmehdi pour Magharebia à Casablanca - 06/07/08
![]() [Hassan Benmehdi] Yasmina Baddou, Ministre marocain de la Santé, a parlé aux public marocain des efforts de réforme visant le secteur de la santé, dont beaucoup affirment qu'il se caractérise par le cronisme et une mauvaise gestion. |
Lors d'une émission de la première chaîne de la télévision marocaine, diffusée mardi 1er juillet, le Ministre marocain de la Santé, Mme Yasmina Baddou, a présenté un plan optimiste pour l'avenir du secteur de la santé dans le pays. Les Marocains se sont empressés de souligner les nombreuses carences de ce secteur.
"La santé est d'abord et avant tout un droit dont doit bénéficier chaque citoyen, et il est de notre devoir d'apporter les soins et les infrastructures nécessaires", a déclaré Mme Baddou, ajoutant que le gouvernement actuel avait fait de la santé l'une de ses priorités. La loi de finance 2008 envisage une augmentation de dix pour cent du budget de ce secteur.
Selon Mme Baddou, les problèmes ont moins à voir avec un financement adéquat qu'avec une meilleure gestion et une bonne gouvernance. Elle a déclaré que pour mettre en place un plan d'action, le personnel de son ministère avait travaillé sans relâche pendant sept mois pour tenter de résoudre les problèmes de base, les déficiences et les carences qui ont rendu le système de la santé au Maroc si défaillant.
Elle a promis de s'adresser à nouveau au pays dans six mois pour le tenir informé de l'état d'avancement de sa réforme.
Au premier rang des préoccupations sur le calendrier de réforme du ministre se trouvent l'inaccessibilité des soins dans les zones rurales, les problèmes liés aux traitements d'urgence, les mauvaises conditions de propreté de certains hôpitaux publics, le cronisme, la corruption, et, par dessus tout, affirme-t-elle, les problèmes liés à la fourniture équitable et dans les délais de soins et de médicaments aux citoyens nécessiteux dans l'ensemble du Maroc.
Nombre de spectateurs ayant écouté l'intervention télévisée du ministre ont trouvé Mme Baddou certes optimiste, mais loin d'être convaincante.
"Les traitements restent encore très chers au Maroc, et de nombreuses personnes ne peuvent se permettre d'aller voir un médecin ou de subir une opération", a déclaré Abdlemounaïm Doublal, un coordonnier de Casablanca, à Magharebia. La stratégie de santé de Mme Baddou est théorique et peu réaliste pour résoudre les vrais problèmes du système de santé marocain, ajoute-t-il.
Zaki et Moustapha, tous deux serveurs dans un café de Casablanca, indiquent qu'à plusieurs reprises, ils n'ont pu se rendre à l'hôpital Ibn Rochd de Casablanca du fait d'un manque d'argent et de la non-disponibilité de médecins spécialisés.
Miloud Belcadi, professeur à l'université, est plus optimiste sur les chances de succès de Mme Baddou.
"Le Maroc a enregistré d'excellents résultats en matière de planing familial et de programmes de vaccination à grande échelle", explique-t-il, ajoutant que pour lui, il fat attendre un peu avant de juger les effets de la stratégie du ministre sur le terrain.
"Nous ne pouvons certainement pas lui demander de faire des miracles en sept mois. Le retard à rattraper est colossal, les défaillances se sont répandues comme la gangrène dans tout le système, et les carences sont énormes", explique-t-il.
Pour leur part, les médecins affirment que la stratégie de Mme Baddou sera difficile à mettre en oeuvre en raison d'un manque énorme de moyens, en particulier dans les régions rurales, et du fait que l'accès aux soins est souvent liée à la solvabilité financière des patients.
"Au Maroc, les progrès médicaux restent le privilège de groupes socio-économiques aisés, et ne bénéficient pas à l'ensemble de la population", explique à Magharebia un médecin qui a demandé à ne pas être nommément cité. "Prenons l'exemple du cancer du sein, pour lequel le traitement moderne exige en moyenne 25 000 dirhams par mois. Une telle somme est bien au-delà de la portée d'une immense majorité de la population marocaine, sans oublier le fait qu'au Maroc, il n'existe que deux centres publics d'hématologie et d'oncologie."
L'intervention de Mme Baddou coïncidait avec la signature, le 1er juillet, d'un accord par le Ministère de la Santé visant à augmenter les médecins, augmenter la couverture médicale et de sécurité sociale et l'intégration dans le service public après leur première année d'emploi.
Selon le ministre, cela devrait aider à améliorer la situation.