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Les Algériens dénoncent l'entretien de Droukdel par le New York Times

03/07/2008

Les Algériens ont rejeté un certain nombre de déclarations faites par le leader de l'Organisation al-Qaida au Maghreb Islamique, Abdelmalek Droukdel, lors d'un récent entretien avec le New York Times. Les victimes du terrorisme ont critiqué les attentats qui tuent ou blessent des civils, et les experts affirment que les capacités de l'organisation sont limitées.

Par Said Jameh pour Magharebia à Alger – 03/07/08

[File] Les Algériens ont dénoncé les tentatives faites par le leader d'al-Qaida Abdelmalek Droukdel de se défendre lui-même et son groupe dans un récent entretien accordé au New York Times.

Un entretien entre le New York Times et le leader de l'Organisation al-Qaida au Maghreb Islamique Abdelmalek Droukdel a entraîné des réactions très vives de la part des familles des victimes ou des blessés lors des attentats de ce groupe. Les spécialistes de la sécurité en Algérie affirment que les menaces terroristes visant les intérêts américains et occidentaux relèvent de la propagande de l'organisation et de la guerre psychologique.

Cet entretien, le premier du genre pour le leader, a été apparemment mené par un intermédiaire à l'aide d'un magnétophone. Droukdel y affirme que son organisation ne vise pas des civils et que 95 pour cent de ceux qui sont morts dans les attentats du 11 décembre 2007 à Alger étaient des étrangers et des membres des forces algériennes de sécurité.

Les Algériens ont été prompts à condamner les tentatives de Droukdel de justifier ses opérations contre des civils.

L'un des lecteurs, lui-même victime du terrorisme, a expliqué sur le site web du quotidien algérien Le Matin que dans cet entretien, Droukdel "a rejeté toute dignité et tout honneur en tant qu'Algérien, au sens entier du mot, et décidé de déclarer son allégeance à al-Qaida."

"Avant tout", affirme un autre, "les victimes des attentats du 11 décembre étaient des Algériens."

Droukdel a indiqué que son organisation comptait des éléments originaires de Mauritanie, du Maroc, de Tunisie, de Libye, du Mali et du Niger. Il a menacé de nouvelles attaques contre les autorités algériennes et les intérêts occidentaux en Algérie, et affirmé que son organisation était prête à attaquer en-dehors du Maghreb, y compris les intérêts américains dans le monde et sur le sol des Etats-Unis.

Bouelam Ghoumrassa, un spécialiste de la sécurité, a déclaré à Magharebia que par ses menaces contre les Etats-Unis, Droukdel tentait de donner l'impression qu'al-Qaida au Maghreb Islamique a "une dimension régionale et internationale". Mais M. Ghoumrassa a mis en doute la capacité de l'organisation à frapper des intérêts américains sur le sol-même des Etats-Unis.

"S'ils avaient eu la capacité de le faire, ils l'auraient fait avant d'en parler", ajoute-t-il.

M. Ghoumrassa a minimisé l'impact de cet entretien sur les efforts de l'Etat d'éradiquer al-Qaida, affirmant que l'état d'alerte des forces algériennes de sécurité restera inchangé.

Le gouvernement algérien n'a fait aucune déclaration officielle après cet entretien et les menaces qu'il contient. Interrogé lors d'une conférence de presse, le 1er juillet, pour confirmer les propos de Droukdel selon lesquels 250 éléments d'al-Qaida opéreraient actuellement dans les montagnes, le Ministre des Communications Abdarachid Boukerzaza a déclaré aux journalistes : "Je n'ai aucun commentaire à faire sur le sujet."

Mouloud Morchedi, un autre spécialiste de la sécurité, a également minimisé les menaces de Droukdel contre les intérêts étrangers. Si Droukdel avait pu mener des attaques contre les intérêts français et américains en Algérie, il n'aurait pas hésité à le faire, a-t-il déclaré à Magharebia. Cela est particulièrement vrai étant donné que l'un des objectifs de Droukdel est de forcer les compagnies étrangères et les ressortissants étrangers à quitter l'Algérie, a-t-il souligné.

Il a ajouté qu'al-Qaida s'était montré incapable de frapper des intérêts américains opérant sur les champs pétroliers dans le sud de l'Algérie. Cela tient à la fois au caractère très sophistiqué des mesures de sécurité et à la capacité réduite de l'organisation dans le sud, après le dépôt des armes de l'émir régional Mokhtar Belmoukhtar par suite de désaccords avec la tactique employée par al-Qaida.