02/07/2008
Les avocats représentant le chef du bureau d'Al Jazeera à Rabat, Hassan Rachidi, se sont vus accorder plus de temps pour préparer la défense de leur client, et le militant des Droits de l'Homme Brahim Sab'alil a été arrêté après avoir réitéré ses plaintes pour abus policiers à Sidi Ifni.
Naoufel Cherkaoui à Rabat a contribué à cet article – 02/07/08
![]() [Naoufel Cherkaoui] L'arrestation du militant des Droits de l'Homme Brahim Sab'alil a précédé la demande déposée par Hassan Rachidi, le responsable du bureau d'Al Jazeera à Rabat, de report de son procès pour diffusion de "fausses informations". |
Le tribunal de première instance de Rabat a décidé mardi 1er juillet de reporter à vendredi le procès de Hassan Rachidi, le chef du bureau d'Al Jazeera à Rabat. La défense avait déposé cette demande de report pour pouvoir disposer de plus de temps pour préparer son dossier.
Rachidi doit répondre d'accusations de diffusion de "fausses informations" après que la chaîne de télévision qatarie ait diffusé un reportage depuis Rabat affirmant qu'entre six et dix personnes avaient été tuées lors des affrontements entre les jeunes et la police dans la ville portuaire de Sidi Ifni, le 7 juin. Les autorités avaient démenti ces propos.
La décision des avocats de M. Rachidi de demander plus de temps pour pouvoir préparer la défense de leur client fait suite à l'arrestation de Brahim Sab'alil, le responsable de la branche du Centre Marocain des Droits de l'Homme (CMDH) à Sidi Ifni.
Jeudi 26 juin, à l'occasion de la Journée Mondiale pour l'Abolition de la Torture, Sab'alil avait donné une conférence de presse à Rabat, au cours de laquelle il avait présenté des témoignages affirmant que plusieurs personnes avaient été tuées lors des événements du "samedi noir" et que plusieurs cas de disparitions et de viols de la part des forces de sécurité avaient été rapportés. M. Sab'alil avait qualifié l'intervention des autorités de "crime contre l'humanité".
Plus tard dans la soirée, "plus de dix membres des forces de sécurité ont arrêté […] Sab'alil à son domicile", affirme un communiqué du CMDH. L'épouse de Sab'alil, Khadija Sared, a indiqué à Al-Jarida al-Oula que ces hommes étaient arrivés à 1h30 du matin, affirmant qu'ils étaient de la police, mais n'avaient présenté ni identification ni mandat d'arrêt. Ils l'avaient alors emmené vers une destination inconnue, a-t-elle ajouté.
"Nous considérons qu'il s'agit-là d'une arrestation arbitraire et d'un genre de persécution contre un militant des Droits de l'Homme", a déclaré le président du CMDH, Khalid Cherkaoui Semmouni, à Magharebia. "Il est naturel que ces personnes obtiennent des informations qu'ils transmettent alors au public, et les autorités doivent vérifier le caractère exact de ces informations."
Une commission d'enquête composée de neuf parlementaires, dont deux femmes, avait conclu le 17 juin que "aucune mort ni aucun viol n'avait pu être constaté" lors de ces événements de Sidi Ifni.
Les autorités marocaines en charge de la sécurité ont affirmé que "l'arrestation de Brahim Sab'alil est intervenue à l'issue de la conférence de presse au cours de laquelle il a proféré de fausses accusations sur les événements qui ont eu lieu à Sidi Ifni".
"Il est clair que certaines autres considérations ont conduit à l'arrestation de Sab'alil, qui n'ont rien à voir avec ce qu'il a déclaré lors de sa conférence de presse", a conclu M. Semmouni.
Comme le responsable du bureau d'Al Jazeera, Sab'ali sera également jugé dans le courant du mois pour diffusion de "fausses informations".
Me Mohammed Sadeku, l'un des avocats de Sab'alil, a déclaré : "Lors de la première audience, nous demanderons la mise en liberté provisoire jusqu'à ce que nous ayons pu analyser le dossier de l'accusation. Nous nous en tiendrons à notre demande de comparution des victimes devant la cour. Nous demanderons également à cette dernière de mener une enquête approfondie sur les événements de Sidi Ifni en tant que crimes contre l'humanité."
L'ONG internationale Human Rights Watch a demandé que les charges pesant sur Rachidi et Sab'alil soient abandonnées, qualifiant le procès des deux hommes d'"incompatible avec l'engagement du Maroc à respecter la liberté d'expression, nonobstant là où réside la vérité".
"Les autorités devraient vouloir connaître la vérité sur la portée des abus policiers à Sidi Ifni", a déclaré Sarah Leah Whitson, la directrice de l'organisation pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. "Elles devraient autoriser une discussion ouverte sur ces incidents, plutôt que d'user de lois répressives pour 'tirer sur le messager'."