26/06/2008
Le mouvement amazigh marocain a haussé le ton, exigeant la transparence dans les médias et soulignant la nécessité d'accélérer le lancement de la chaîne de télévision amazighe, déjà reportée à deux reprises.
Par Naoufel Cherkaoui pour Magharebia à Rabat – 26/06/08
![]() [Naoufel Cherkaoui] Le mouvement amazigh marocain a manifesté lundi pour protester contre les retards répétés dans le lancement de la chaîne de télévision amazighe. |
Un certain nombre d'organisation amazighes ont manifesté lundi 22 juin devant le siège de la Société Nationale de Radio et de Télévision pour protester contre les multiples reports du lancement de la chaîne de télévision en langue amazighe. Le gouvernement a par deux fois reporté la date qu'il avait fixée pour la mise en service de cette chaîne.
Les forces de sécurité ont dispersé les manifestants, et les représentants du mouvement amazigh ont répondu par la publication d'un communiqué.
Le mouvement amazigh a fait part de sa condamnation au vu de "l'injustice, l'aliénation et les retards dont font preuve la Société Nationale de Radio et de Télévision et les autorités chargées des médias au Maroc dans le traitement des demandes des Amazighs pour une justice équitable pour les Amazighs dans les médias publics nationaux."
"Ils continuent de bloquer et de reporter le lancement de la chaîne amazighe", affirme ce communiqué, concluant par un appel à son "lancement immédiat".
Le Ministre marocain de la Communication et porte-parole du gouvernement Khalid Naciri a répondu en réfutant toute mauvaise intention de la part des autorités.
"Nous prenons cette affaire au sérieux", a-t-il déclaré. "La chaîne de télévision amazighe sera lancée. Nous en sommes à la phase de préparation, et sommes en contact permanent avec l'Institut Royal de la Culture Amazighe et les dirigeants du mouvement amazigh."
"Nous voulons que cette chaîne soit une chaîne de grande qualité, parce que nous apprécions les Amazighs et pensons qu'il serait inapproprié de ne pas respecter cette culture", a ajouté M. Naciri.
Il n'a pas précisé de nouvelle date pour le lancement de cette chaîne, mais a déclaré que "il est nécessaire de prendre le temps de s'assurer que cette chaîne diffusera avec la même qualité que les chaînes une et deux, et cela exige de former des journalistes et des responsables."
M. Naciri a également dit qu'il était nécessaire de "corriger le dialecte amazigh".
"Je ne vois aucune raison qui empêche cette chaîne de diffuser", a déclaré Rachida Binchiekh, membre du comité technique de la chaîne de télévision amazighe et de l'Institut Royal de la Culture Amazighe. "Il n'y a aucun obstacle, que ce soit en termes de langue, de ressources humaines ou de logistique, car nous avons étudié ces aspects de manière approfondie avec le Ministère de la Communication."
"Le Maroc est riche de talents amazighs", a-t-elle ajouté, "mais nous sentons une certaine opposition à l'idée de lancer une telle chaîne."
Une impression partagée par Najib Sifao, membre de la Ligue Amazighe des Droits de l'Homme et journaliste.
Parlant avec Magharebia, il a déclaré que la raison de ces reports était politique.
Selon lui, le Premier Ministre Abbas El Fassi ne souhaite pas présider au lancement d'une chaîne de télévision amazighe, parce qu'il appartient à un parti "antagoniste du mouvement amazigh".
"Les déclarations selon lesquelles cette chaîne sera lancée 'prochainement' tombent à plat", a expliqué M. Sifao, "parce que cela a déjà été dit par deux fois, lorsque l'ancien Ministre de la Communication avait annoncé que la chaîne commencerait à émettre en octobre 2007, et après la même déclaration de la part de l'actuel ministre, en début d'année, en janvier."
"Il avait été convenu que cette chaîne serait baptisée 'La Sept', mais ce nom a été accordé à une chaîne de cinéma qui vient d'être lancée", a déclaré M. Safao à Magharebia. "Nous avons donc des doutes quant au sérieux avec lequel les autorités travaillent sur ce projet de chaîne."