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Désaccord du Gouvernement marocain et des ONG au sujet des affrontements de Sidi Ifni

11/06/2008

Les récits diffèrent concernant ce qu'il s'est passé durant les affrontements entre manifestants et policiers, sur le port de Sidi Ifni, samedi dernier. Le Gouvernement a décrit une opération légale visant à restaurer l'ordre, tandis que plusieurs ONG parlent de violence policière excessive et de droits malmenés.

Par Sarah Touahri pour Magharebia in Rabat – 11/06/08

[Getty Images] Le Gouvernement marocain et les ONG oeuvrant en faveur des droits de l'Homme ont donné des versions différentes de l'opération de police menée afin de dégager les manifestants du port de Sidi Ifni au cours du week-end.

Le Gouvernement marocain et les ONG des Droits de l'Homme ont fourni des récits contradictoires sur l'opération de police menée samedi 7 juin et visant à faire partir des jeunes manifestants au chômage du port de Sidi Ifni. Le Gouvernement marocain a tout d'abord démenti les incidents mais a annoncé plus tard que 44 personnes avaient été blessées, dont 27 officiers de police. Les ONG disent de leur côté que l'opération était une "vague d'agression officielle'", au cours de laquelle les forces de sécurité ont effectué des rafles dans les maisons, ont volé des affaires personnelles et arrêté de nombreux habitants. Lundi, le Centre marocain des Droits de l'Homme a déclaré que plusieurs personnes étaient encore portées disparues.

Le Gouvernement marocain a fermement démenti le décès d'individus au cours des affrontements, information divulguée par Aljazeera et plusieurs ONG marocaines.

Les manifestants avaient bloqué le port de Sidi Ifni depuis le 30 mai, pour protester contre le fort taux de chômage de la région. Un groupe de 120 jeunes s'était porté candidat à un tirage au sort organisé par le conseil local afin de trouver huit employés pour des postes de nettoyage. Après que les résultats aient été annoncés, néanmoins, environ 100 jeunes gens déçus avaient décidé de bloquer l'entrée du port, où stationnaient 89 camions chargés de près de 800 tonnes de poissons.

Ce qui " signifie perdre de l’argent." a expliqué M.Brahim Sbaalil, président de la section locale du CMDH de Sidi Ifni. "Et c'est ce qui aurait motivé l’intervention des forces de l’ordre. ".

Les jeunes manifestants avaient mis en avant plusieurs requêtes. Ils souhaitaient que cette ville érigée en province puisse enclencher une dynamique de développement socio-économique à l'instar des autres régions du Maroc. Ils appelaient à la construction d'une usine de traitement de poisson pour résorber la problématique du chômage, et rapporter de l'argent à la wilaya.

Le premier ministre Abbas El Fassi a confirmé le caractère revendicatif de ces événements qui " sont liés à la demande d’emploi et à la grogne sociale à l’image des mouvements de crise à l’échelle universel. "

Pour Khalid Naciri, le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, l’intervention des forces de l’ordre n’avait eu lieu qu’après l’échec du dialogue avec les contestataires " Il fallait ramener le port à la normale après que les autorités avaient beau tenté de dialoguer avec eux, en vain. L’attachement aux droits de l’homme et à la démocratie ne signifie pas qu’il faut laisser l’anarchie s’installer. "

"Au cours des premières heures de samedi," dit Abdullah Birdaha, président de la section de Tiznit de l'Association marocaine des Droits de l'Homme, "un bateau s'est rapproché de la rive et a débarqué des équipes d'intervention et des forces d'appui".

Les habitants ont décrit ce qu'il s'était passé après. Mohamed, un jeune étudiant frère de l’un des protestataires, dit à Magharebia :" Les forces de l'ordre étaient équipées de matraques et de chiens-policiers. Certains manifestants ont été arrêtés alors que d’autres fuient encore dans les montagnes. "

Zahra, une jeune lycéenne, raconte : " J’ai été fouillée minutieusement par la police même si je n’ai rien fait. J’étais terrorisée. Mais, heureusement, on m’a aussitôt relâché. Tout le monde ici ne parle que de ce qui vient de se passer espérant trouver des solutions efficaces aux problèmes au lieu de recourir à la violence. Quelques familles attendent des nouvelles de leurs fils qui sont incarcérés ou disparus. "

Le gouverneur de la province de Tiznit Souilem Bouchâab tient à signaler que l'intervention s'est faite conformément à la loi et sous le contrôle du parquet général. Il ajoute que les services de sécurité ont pu mettre un terme au blocage du port permettant ainsi aux camions qui y stationnaient de le quitter.

Pour sa part, la Ligue amazigh des Droits Humains a qualifié l'opération de "vague d'agression officielle" et a appelé l'Etat à ouvrir un dialogue calme, constructif et transparent avec les habitants de la région d'Ifni pour enfin venir à bout de leurs requêtes concernant l'emploi.