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Le Maroc veut stabiliser la flambée des prix de l’immobilier

05/06/2008

La forte hausse des prix de l'immobilier fait craindre aux Marocains de ne pouvoir acheter un logement. Le gouvernement a annoncé des mesures pour répondre à ce problème, mais les citoyens s'interrogent sur la pertinence de ces mesures et se demandent si elles pourront être mises en oeuvre.

Par Hassan Benmehdi pour Magharebia à Casablanca – 05/06/08

[Hassan Benmehdi] Les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement visent à ralentir la hausse des prix de l’immobilier.

Au vu de la flambée vertigineuse des prix de l'immobilier au Maroc, les Marocains qui cherchent à acquérir un logement sont de plus en plus inquiets. Les nouvelles mesures annoncées par le Ministre des Finances Salaheddine Mezouar le 27 mai visent toutefois à lutter contre la spéculation immobilière et à ralentir la hausse du prix du mètre carré.

Ces douze mesures visent à lutter contre une augmentation très importante des prix de l'immobilier et des terrains. Le Ministère du Logement indique qu'entre 2003 et 2007, le prix au mètre carré a augmenté de 92 pour cent à Marrakech, 45 pour cent à Rabat, 43 pour cent à Casablanca et 35 pour cent à Tanger. Les prix des terrains ont encore plus augmenté, allant jusqu'à 358 pour cent à Agadir et 234 pour cent à Rabat.

Abderrahmane Chorfi, directeur général de l’Urbanisme au Ministère du Logement, a déclaré à Magharebia que la hausse des prix de l’immobilier au Maroc s’explique d’abord par la spéculation sur les prix des matériaux de construction et la disponibilité croissante du crédit bancaire.

"Les banques interviennent de manière très souple pour l’octroi des crédits destinés à financer l’achat des logements. En témoigne l’évolution des crédits immobiliers qui sont passés de 35,2 milliards de dirhams en 2002 à plus de 100 milliards de dirhams en 2007", a-t-il expliqué.

Les mesures gouvernementales visant à ralentir cette flambée des prix comportent un ensemble de mesures d'incitation fiscale. L'une de ces mesures est destinée à répondre à la rareté des terrains à bâtir en taxant les terrains nus. "Cette mesure sera en mesure d’endiguer le phénomène de la spéculation foncière”, a déclaré M. Mezouar. Les autres mesures concernent la mise en place d'une taxe sur les quelque 800 000 logements vides que compte le pays et le renforcement des partenariats privé-public pour mieux réglementer le marché et répondre à la demande de logements abordables.

Les professionnels du secteur accueillent favorablement ces propositions, mais s'empressent de souligner que leur mise en œuvre constituera un défi majeur.

"Ce sont des mesures de bonne volonté", a déclaré Youssef Benmansour, vice président de la Fédération Nationale des Promoteurs Immobiliers, "mais nous ne savons pas comment l’Etat compte les appliquer, car les lois du marché sont souvent têtues."

Les citoyens s'interrogent eux aussi sur le rôle que peut jouer le gouvernement.

Saïd B’lal, commerçant de tissus à Hay Mohammedi, a expliqué à Magharebia : "En toute sincérité, je ne sais pas comment aujourd’hui le gouvernement peut stopper l’hémorragie de la hausse des prix de l’immobilier devenu depuis quelques années un secteur ne répondant qu’à une seule loi, celle du marché."

Hicham, un habitant de Casablanca, et sa fiancée Malika, qui cherchent un appartement depuis des mois, ont affirmé à Magharebia que cette décision intervient un peu tardivement. "Beaucoup de jeunes couples marocains n’arrivent pas aujourd’hui à acheter un appartement au prix d’environ 8 000 ou 7 000 dirhams le mètre carré... Les prix ont atteint un seuil intolérable et il faudra des années encore pour que ces mesures puissent mettre un terme à l’anarchie des prix de l’immobilier."