28/05/2008
Le Maroc avait abandonné l'heure d'été il y a près de dix ans. Mais le 1er juin, les horloges du royaume seront avancées d'une heure pour prolonger la journée et réduire la consommation d'énergie. Les opinions sont partagées quant au fait de savoir si une telle mesure fera une différence sensible.
Par Imane Belhaj pour Magharebia à Casablanca – 28/05/08
![]() [Imane Belhaj] Le Ministre de la Modernisation du Secteur Public Mohammed Abbou a déclaré que le passage du Maroc à l'heure avancée le 1er juin devrait permettre de réduire la consommation nationale d'énergie d'environ un pour cent |
Le Maroc envisage de réintroduire l'heure avancée le 1er juin pour aligner son fuseau horaire sur ceux de ses partenaires régionaux et internationaux et réduire la consommation d'énergie.
"Le Ministère de l'Energie et des Mines a fait réaliser une étude sur l'efficacité de l'utilisation de l'énergie en fonction de l'heure actuelle. Cette étude a montré que si les horloges étaient avancées d'une heure pendant l'été, la consommation d'énergie du Maroc chuterait d'un pour cent", a expliqué le Ministre de la Modernisation du Secteur Public, Mohammed Abbou.
Le Maroc avait déjà observé l'heure avancée à deux reprises : du 16 mars au 1er octobre 1984, en 1985, puis à nouveau durant le mois de juin 1989. Selon M. Abbou, ces expériences antérieures avaient permis "d'améliorer la gestion des affaires intérieures, les relations entre le gouvernement et les citoyens… réduisant le coût de la gestion et permettant à un plus grand nombre de salariés d'utiliser leur temps de manière optimale."
Lahcen Daoudi, spécialiste en économie, doute cependant que cette mesure fera une différence significative, étant donné l'accroissement annuel de 8 à 9 pour cent de la demande énergétique du Maroc, des sévères conditions mondiales au vu de la flambée des prix du pétrole et des changements climatiques, qui entraînent de faibles taux de production électrique.
"La dernière chose qui pourrait permettre d'économiser l'énergie est bien d'avancer l'horloge officielle d'une heure", a déclaré M. Daoudi à Magharebia. Le Maroc agit comme s'il était producteur d'énergie, alors qu'en fait, il importe 96 pour cent de ses besoins énergétiques, souligne-t-il.
Au-delà de la question de la consommation d'énergie, l'heure avancée est un sujet très controversé. Certains Marocains estiment qu'elle a un impact négatif, bousculant les habitudes de vie des gens et les cycles de production. Pour leur part, ses partisans affirment qu'avancer les pendules, même si ce n'est que de soixante minutes, permet de commencer à travailler plus tôt et évite aux gens de devoir supporter la chaleur de la journée.
Mustapha Bakkori, un fonctionnaire, estime que l'heure d'été a un impact positif en termes de meilleure gestion de l'électricité, d'optimisation de l'énergie solaire, et de promotion du tourisme, des commerces et des échanges.
Le banquier N. Samir affirme pour sa part que le passage à l'heure avancée bouscule les heures de travail, ce qui, à son tour, a une incidence néfaste sur la consommation électrique. Il reconnaît en revanche que sans cet ajustement des pendules, la communication avec les pays situés dans d'autres fuseaux horaires pose un problème pour les transactions bancaires, la bourse et même les transports aériens.
"L'heure avancée est l'occasion pour les salariés de terminer leur journée de travail plus tôt et de profiter d'une heure supplémentaire pour vaquer à leurs propres occupations. De même, avancer les pendules de soixante minutes permet d'économiser la consommation électrique, car certaines agences gouvernementales travaillent de nuit", explique Mohammed Attaoui, un employé de bureau.
Safia Badri, une ménagère, estime que la décision d'avancer les pendules, bien qu'elle soit "peu pratique", sera favorable à de nombreux chefs d'entreprises dont le travail doit débuter très tôt le matin.