23/05/2008
Le Maroc souhaite mettre un terme au fossé croissant dans l'enseignement et équilibrer les chances entre les régions urbaines et les zones rurales. Une équipe du Ministère de l'Education a été chargée de rendre l'enseignement préscolaire largement plus accessible.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 23/05/08
![]() [Sarah Touahri] Le Maroc envisage de construire de nouvelles écoles et de créer de meilleures opportunités d'enseignement pour les enfants vivant en zones rurales. |
Le taux des enfants pré-scolarisés reste encore faible au Maroc. Il n'a pas dépassé 60 % des enfants âgés entre 4 et 5 ans au cours de l'année scolaire 2006-2007, et a été de 45 % en milieu rural. Le taux d'inscription des filles est encore plus faible, à peine 30%.
Les établissements de préscolarisation au Maroc sont pratiquement tous privés : 98%, selon les chiffres du gouvernement. Il existe certes quelques écoles publiques qui intègrent une classe maternelle, mais leur nombre est très limité. Des investisseurs ont créé des institutions privées dans certaines régions favorisées, mais tendent à négliger les zones rurales ou défavorisées, renforçant le fossé éducatif et les chances entre les régions urbaines et les zones rurales.
Latifa Abida, la Secrétaire d’Etat chargée de l’Enseignement Scolaire, souligne que cette situation doit absolument changer. Pour ce faire, une équipe au sein du Ministère de l'Education a été chargée de se pencher sur les problèmes de l'enseignement préscolaire, que le ministère a qualifié de "socle de la réussite de l’éducation".
Mme Abida explique que l'enseignement préscolaire aide la cohésion familiale, garantit l'épanouissement de l'enfant et permet de diagnostiquer dès le plus jeune âge tous les obstacles qui peuvent entraver son développement et son épanouissement futurs. Elle espère que ce nouveau plan donnera un nouveau souffle à la réforme du système de l'éducation.
Ce plan prévoit d’offrir les mêmes chances à tous les enfants marocains d’accéder aux établissements préscolaires à l'horizon 2015. La priorité sera également donnée à l'intégration des enfants ayant des besoins spéciaux.
Le ministère envisage de construire 6 307 classes entre 2009 et 2011 ; 5 904 de celles-ci le seront dans les zones rurales. Au niveau de l'emploi, l'un des avantages de ce plan est qu'il nécessitera un enseignant par classe construite et un total de 160 nouveaux administrateurs. Le budget consacré à ces constructions est estimé à 1,5 milliard de dirhams.
Des campagnes de sensibilisation seront organisées à partir de 2009 dans toutes les régions, afin de sensibiliser les parents à l'importance croissante de l’enseignement préscolaire.
La société civile joue également un rôle dans cette réforme de l'enseignement. Laila Meziane Benjelloun, présidente de la fondation BMCE, a souligné l'importance de l'enseignement préscolaire dans l'apprentissage, par l'établissement de liens avec d'autres enfants et des adultes. Sa fondation a mis sur pied un réseau de près de soixante écoles dans les communautés rurales. Le programme Medersat.com a été fondé en coopération avec le Ministère de l'Education et d'autres partenaires nationaux et internationaux. Les écoles sont situées dans seize régions du royaume et emploient quelque 300 enseignants qui s'occupent de plus de 11 000 enfants.
Mais la société civile ne peut traiter seule le problème. Marouani Salah, directeur d'une maternelle privée, explique que la balle est désormais dans le camp du gouvernement. Il explique que l'enseignement préscolaire a été trop longtemps négligé par l'Etat.
"On sent à l’heure actuelle que le gouvernement veut rehausser le secteur par l’intégration de plus en plus de classes maternelles dans les établissements publics. Cela crée certes la concurrence pour le privé, mais permet à des familles qui n’ont pas les moyens de scolariser leurs enfants. Encore faut-il bénéficier de l’expérience du privé", affirme-t-il.
Selon Mourad Batal, un enseignant, l'avenir de l'enseignement préscolaire dépend d'une planification rigoureuse et d’une collaboration étroite entre le privé et le public. Il estime qu’il est temps d’élaborer une stratégie de développement du secteur autour d’objectifs clairs et d’échéances précises et réalistes.