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Le Maroc dévoile un plan pour venir en aide aux petits exploitants agricoles

29/04/2008

S'ils réussissent à persuader les petits exploitants agricoles marocains de renoncer aux cultures céréalières et de se tourner vers des récoltes plus productives, les experts du gouvernement prévoient de gros avantages financiers et des milliers de nouveaux emplois. Une vaste nouvelle stratégie agricole propose une assistance financière et des structures de soutien pour permettre la réalisation de cet objectif d'ici une dizaine d'années.

Par Mawassi Lahcen pour Magharebia à Casablanca – 29/04/08

[Lahcen Mawassi] Le Ministre marocain de l'Agriculture Aziz Akhenouch a présenté lundi 21 avril au Roi Mohammed VI une nouvelle stratégie nationale, qui vise à lutter contre la pauvreté en accroissant les revenus des petits exploitants agricoles.

Le gouvernement marocain a dévoilé une nouvelle stratégie visant à promouvoir et moderniser le secteur agricole, tout en augmentant les revenus des petits exploitants. Le Ministre de l'Agriculture et du Développement Rural Aziz Akhenouch, qui a présenté ce programme au Roi Mohammed VI le 21 avril à Meknès, s'attend à mobiliser des investissements à hauteur de onze milliards de dirhams par an, à mettre en place 1 500 nouveaux projets et à créer des milliers d'emplois dans l'ensemble du royaume.

Le succès de ce plan dépendra toutefois de la capacité du gouvernement à convaincre les exploitants d'y participer, selon Ahmed Ouyach, le président de la Fédération Agricole Marocaine. "Le Maroc a enregistré des progrès significatifs en matière de libertés individuelles et politiques", a-t-il déclaré. "Nous n'en sommes plus à la situation des années 1970, où l'Etat obligeait les agriculteurs à cultiver certains types de récoltes en fonction de ses priorités et de sa politique, dont il gardait le secret."

"Aujourd'hui, le gouvernement ne peut obliger les petits exploitants à renoncer à la culture des céréales et à les remplacer par des cultures plus productives", a-t-il déclaré, concluant que plutôt, "il doit les convaincre de le faire par le dialogue et la persuasion".

Persuader les petits agriculteurs de remplacer les céréales par des récoltes à plus fort rendement et consommer moins d'eau est l'une des priorités de cette nouvelle stratégie. Tarik Sijilmassi, président du Crédit Agricole, reconnaît que les petits exploitants agricoles généreront des revenus plus élevés en dépendant moins des céréales. Il souligne que les cultures céréalières occupent cinq millions d'hectares, soit 71 pour cent de l'ensemble des terres agricoles du pays. Or, trois millions d'hectares cultivés en céréales ne sont pas adaptés à ce type de récolte, explique-t-il, et produisent donc des récoltes très faibles, qui ne dépassent pas en moyenne 8 quintaux.

Mais il faut de l'argent pour inciter ces petits exploitants à sauter le pas. La première étape consistera à les regrouper en unions, en coopératives ou en sociétés, et à apporter à ces entités un financement suffisant.

"Nous avons préparé plusieurs propositions de financement pour mettre en oeuvre la nouvelle stratégie du gouvernement, et chacune cible une catégorie spécifique d'exploitants", a expliqué M. Sijilmassi.

Les petits exploitants qui ne peuvent obtenir des prêts bancaires classiques seront financés par le biais d'une société financière spéciale créée à cette fin par le gouvernement et le Crédit Agricole. Les gros eux, ont accès aux prêts bancaires habituels et à des fonds spéciaux.

"Nous avons créé plusieurs fonds d'investissement spécialisés, tels que l'OLEA pour venir en soutien à la culture des olives, et l'IGRANE, destiné à contribuer aux projets agricoles majeurs [et] nous travaillons aussi au lancement de dix fonds d'investissement régionaux", a-t-il ajouté.

Ahmed Hajjaji, le président de la Société pour le Développement Agricole du Maroc, est également optimiste quant à cette nouvelle stratégie gouvernementale.

"Ces deux dernières années, le gouvernement a offert 80 000 hectares de terrains agricoles à la privatisation. Nous avons reçu des demandes de 1 500 investisseurs, dont quatorze pour cent étaient des étrangers originaires de douze pays. Du fait du nombre limité de ces offres, nous n'avons pu répondre qu'à vingt pour cent de ces investisseurs. Cela veut dire qu'il y a actuellement 1 200 investisseurs prêts à investir dans des projets agricoles au Maroc", a-t-il expliqué à Magharebia.

La dernière campagne de privatisation de 80 000 hectares avait engendré des investissements de plus de dix milliards de dirhams et la création de 35 000 emplois, a précisé M. Hajjaji.

Cette fois, le gouvernement envisage d'offrir 700 000 hectares de terres agricoles pour la privatisation.