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56 morts dans l'incendie d'une usine à Casablanca

27/04/2008

Les experts ont blâmé l'irrespect des normes de sécurité, au cours d'un incendie tragique qui s'est déroulé samedi dans une usine de fabrication de matelas. Et ce sont cinquante six personnes qui ont trouvé la mort dans le brasier, dans l'incapacité de s'enfuir du bâtiment,.

Sarah Touahri et Mawassi Lahcen à Casablanca ont contribué à ce reportage – 27/04/08

[Getty Images] Les pompiers tentent de contrôler l'incendie qui s'est déclaré dans une fabrique de matelas, samedi, à Casablanca. Les tragédies de ce genre soulèvent le problème des normes de sécurité dans les bâtiments industriels du Maroc.

La ville de Casablanca est sous le choc, après l'incendie tragique qui s'est déclaré, samedi 26 avril, dans l'usine de fabrication de matelas ''Rosamor ameublements'', implantée dans la zone industrielle de Lyssassfa, et au cours duquel cinquante six personnes ont été tuées et douze autres blessées. Ce sont 100 ouvriers environ qui oeuvraient sur le site au moment de l'incendie.

Selon des témoins, Le sinistre s’est déclenché vers 10heures du matin et s’est propagé dans les quatre étages de l’usine. Les pompiers ne sont parvenus à contrôler la situation qu'à 18 heures.

Mustapha Touil, commandant régional de la protection civile pour la wilaya du Grand Casablanca, dit qu'il a été difficile de contrôler le brasier en raison de la quantité de produits inflammables et chimiques stockés dans l'usine. Il ajoute que des tentatives de secours des ouvriers avaient été menées, mais que les portes métalliques étaient fermées, et les fenêtres munies de barreaux.

Les voisins, pour leur part, ont essayé autant que faire se peut de sauver les ouvriers dans l’attente de l’arrivée des secours. A coup de madriers, ils ont tenté d’infiltrer le lieu malgré que les flammes redoublaient d’ampleur. Ils sont parvenus à faire sortir quelques victimes.

Une jeune ouvrière qui a survécu au désastre raconte qu'elle travaillait à l'atelier de couture, au troisième étage, lorsque des travailleurs paniqués sont arrivés des niveaux inférieurs, en expliquant la situation. "Nous avons décidé de monter sur le toit", dit-elle. Et là-haut nous avons trouvé une échelle abandonnée par les maçons ainsi que quelques cordes...Nous les avons utilisées pour passer sur le toit d'un bâtiment voisin".

Un jeune ouvrier secouru explique, les larmes aux yeux : "On travaillait quand on a été surpris par les flammes. Nous avons essayé de les éteindre avec l’eau, en vain. J’ai cassé la fenêtre du premier étage et j’ai sauté."

Il y eu des rapports contradictoires concernant le nombre exact de personnes qui se trouvaient à l'intérieur de l'usine. Les estimations vont de 100 à 300 individus, mais un ouvrier dit :"l'usine emploie plus de 200 personnes, mais elles n'étaient pas toutes présentes parce que l'on était samedi, et que nous ne travaillons que la demi-journée".

Le ministre de l’Intérieur Chakib Benmoussa s’est aussitôt rendu au lieu du drame. Il affirme que le parquet général a ouvert une enquête sur les circonstances de cette affaire pour définir les responsabilités. "Il est très important d’ouvrir une enquête", a-t-il dit. "On va interroger les responsables de cette usine pour connaître les conditions du travail, les mesures de sécurité et les causes de l’incendie.

Il indique, par ailleurs, que sous instructions royales, des efforts seront déployés pour apporter le soutien aux victimes de ce sinistre, le réconfort et l'aide aux familles des victimes en ces circonstances pénibles. Une cellule psychologique a été mise en place pour accompagner les victimes sauvées.

Ce genre de drame remet sur le tapis la question des normes de sécurité dans les bâtiments industriels au Maroc. Mustapha Touil, qui a fait l'éloge des services de secours, pointe du doigt l'irrespect des normes de sécurité : : "Nous avons été surpris que l’usine contient plusieurs produits chimiques. L’unité ne disposait pas d’outils de secours de base comme stipulé par la loi. Le travail se faisait à huis clos sous ordre du propriétaire. Ce qui explique le nombre élevé de victimes."

Les ouvriers ont rapporté que le propriétaire avait investi les quatrième et cinquième étages illégalement, et avait même parlé de créer un restaurant au cinquième.

L’ingénieur qualiticien Hassan el Ouazzani déclare à Magharebia que les normes de sécurité et de qualité ne sont pas respectées dans cette usine. « Il est insensé qu’un immeuble de quatre étages soit transformé en usine pour production de matelas. Pour ce genre d’industrie, il faut avoir un plan de sécurité normalisé homologué par les autorités locales et la protection civile. », explique-t-il.