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Al-Zawahiri tente de rester convaincant face au mécontentement des Musulmans

25/04/2008

Les analystes algériens affirment que les nouvelles réponses aux questions concernant les activités du groupe terroriste en Algérie fournies par le numéro deux d'al-Qaida Ayman al-Zawahiri sont très éloignées de la réalité. Les Algériens sont très sceptiques sur sa tentative de faire passer les terroristes en Algérie pour des groupes de résistants luttant contre la colonisation.

Said Jameh à Alger et Jamel Arfaoui à Tunis ont contribué à cet article pour Magharebia – 25/04/08

[Getty Images] Les analystes algériens affirment que la description donnée par Ayman al-Zawahiri des objectifs d'al-Qaida en Algérie comme autant d'efforts visant à garantir la vie et les biens des citoyens est très éloignée de la réalité.

Le numéro deux d'al-Qaida Ayman al-Zawahiri a utilisé lnternet mardi 22 avril pour continuer de répondre à des questions prétendûment posées par des lecteurs de sites web extrémistes. Les spécialistes estiment que le "dialogue" sur le web du lieutenant d'Oussama ben Laden est seulement une tentative pour conserver un quelconque crédit au sein d'une population musulmane de plus en plus mécontente.

Nombre des questions posées à al-Zawahiri tournaient autour de l'autorité légale d'al-Qaida et de la controverse sur les attentats visant des civils algériens et irakiens.

Interrogé par de prétendus lecteurs algériens sur le fait de prendre pour cible des civils, Zawahiri a continué de justifier les attentats d'al-Qaida au Maghreb Islamique. Il les a qualifiés d'efforts visant à garantir les vies et les biens des citoyens algériens et le djihad pour libérer les Algériens de "l'Amérique, de la France et des enfants de la France".

Les analystes algériens affirment que al-Zawahiri a dépeint une image très éloignée de la réalité en Algérie.

Le politologue Ali Merdji a déclaré que le numéro deux d'al-Qaida tentait, sans succès, de présenter l'Algérie comme une arène où lutter contre les Américains et les Français. Cet enregistrement est une tentative pour "présenter les éléments assoiffés de sang de l'Organisation al-Qaida au Maghreb Islamique sous un nouveau visage, celui de groupes de résistants luttant contre la colonisation en Algérie", a déclaré M. Merdji.

"Mais la ruse ne prendra pas chez des Algériens qui connaissent parfaitement la nature criminelle de cette organisation terroriste, qui a un long passé d'opérations terroristes, en particulier dans la mesure où ils sont les premières victimes des activistes de cette organisation", ajoute-t-il.

Al-Qaida a perpétré huit attentats suicides en Algérie depuis le 11 avril 2007, qui ont tué plus d'une centaine de civils. Selon M. Merdji, le bilan de ces seize dernières années a convaincu les Algériens que la violence n'engendre rien d'autre que la peur.

Même les familles de plusieurs activistes ne croient plus en l'action armée et ont appelé à la réconciliation, souligne-t-il.

Après que les forces de sécurité eurent démantelé et isolé un certain nombre de groupes terroristes, de nombreux partisans d'al-Qaida vivent désormais dans des conditions très rudimentaires, ont récemment indiqué les médias algériens. Coupés de leurs ressources et ne disposant que de moyens limités, les membres de l'Organisation al-Qaida au Maghreb Islamique sont désormais forcés de demander des vêtements, des médicaments, de la nourriture et de l'argent.

Les appels répétés d'al-Zawahiri à tuer des Américains et des Français en Algérie sont en contradiction avec les principes de l'Islam, a expliqué un imam algérien à Magharebia.

"Les textes historiques islamiques montrent que le Prophète Mahomet, que la paix soit sur lui, demandait à ses compagnons de guerre de ne pas blesser les Chrétiens et les Juifs, même par des insinuations, et leur recommandait de ne pas s'en prendre aux moines dans leurs lieux de prière", précise Abdelkrim. Si cela était vrai en temps de guerre, demande-t-il, alors qu'en est-il en temps de paix ?

Quant aux raisons pour lesquelles al-Zawahiri a choisi le "dialogue via lnternet", Hamid Yassine, spécialiste des questions de sécurité en Algérie, affirme que cette initiative est "une tentative pour confirmer qu'al-Qaida est présente dans les médias, et qu'elle a le pouvoir et la capacité de proférer des menaces".

De tels messages sont devenus importants "pour la survie des groupes djihadistes", note-t-il, ajoutant qu'ils dépendent de plus en plus des médias pour compenser les graves revers qu'ils ont eus à subir, pas seulement en Algérie, mais également dans le reste du monde.

"Un message diffusé par des moyens numériques peut être enregistré et circuler rapidement et en secret sans que la source en soit connue, en particulier avec la diffusion des cybercafés", explique Abdelkarim Hizaoui, professeur des médias à l'Institut du Journalisme et des Sciences de l'Information de Tunis.

Selon un spécialiste de l'utilisation d'lnternet par les groupes islamistes extrémistes, "al-Zawahiri considère maintenant l'utilisation d'lnternet comme le meilleur moyen d'éviter la censure". Ikbal Gharbi, professeur d'anthropologie à l'Institut de la Sharia et des Principes Religieux, ajoute : "Etant donné les taux élevés d'illétrisme dans le monde islamique, un enregistrement audio est vu comme un moyen efficace de faire passer un message, qui peut ensuite être copié et envoyé par des téléphones portables. Pour al-Zawahiri, lnternet, c'est la bénédiction du XXIème siècle."

Al-Zawahiri pourrait toutefois ne pas avoir une grande audience en Tunisie, où le gouvernement impose une stricte censure des sites web extrémistes.

"Je ne pense pas qu'une personne sensée se risquerait à consulter ces sites", a déclaré Mourad Ben Jannet à Magharebia dans un cybercafé de Tunis. "Je ne pense pas que vous risquiez de trouver quelqu'un qui vous dise qu'il ou elle est favorable à al-Qaida ou qu'il ou elle admire ben Laden ou al-Zawahiri ; ce serait prendre un très gros risque. Je ne crois pas non plus que ces noms ou ces personnages trouvent quiconque pour sympathiser avec eux ou être favorable à leur idéologie."

Karim Hidri se refuse quant à lui à prendre part à la conversation, mais indique que son père l'a averti plus d'une fois de ne pas consulter les sites web des organisations religieuses, même par simple curiosité.