18/04/2008
Le passage d'al-Qaida au Maghreb Islamique aux opérations suicides dans la région a suscité de très vives critiques, mais les plus significatives sont peut-être la coupure que ce nouveau type d'opération a entraîné entre le groupe armé et les leaders religieux radicaux, dont beaucoup refusent de justifier une stratégie de la violence.
Analyse de Nazim Fethi pour Magharebia à Alger – 18/04/08
![]() [Getty Images] Les leaders d'al-Qaida au Maghreb Islamique sont sommés de trouver des justifications religieuses à leur recours aux attentats-suicides, tels que celui contre le siège des Nations Unies à Alger, le 11 décembre 2007. |
Depuis l’annonce du ralliement du Groupe Salafiste pour le Prêche et le Combat (GSPC) au réseau terroriste al-Qaida en décembre 2006, la stratégie du groupe dirigé par Abdelmalek Deroukdal, alias Abou Mousab Abdelouadoud, a complètement changé, passant des simples kidnappings et autres faux barrages dressés en Kabylie aux attentats-suicides qui sont à la mode en Irak. Les analystes y ont vu une volonté du GSPC de signer son allégeance au réseau d’Oussama ben Laden, quitte à laisser pour plus tard les justifications religieuses d’un tel revirement.
Les nouveaux attentats-suicides ont mis en lumière les problèmes au sein de cette alliance, attirant même des critiques du coeur du réseau al-Qaida lui-même. Selon les informations fournies par de nombreux terroristes repentis, un grand nombre de dirigeants du réseau terroriste ont décidé de suspendre leurs activités et d'attendre les conseils, ou les fatwas, des oulémas au sein du mouvement salafiste.
C'est la raison pour laquelle des imams salafistes très respectés ont été pressés de fournir une légitimité religieuse à de telles actions. Selon les médias locaux, les membres du réseau al-Qaida ont récemment demandé à Mohamed Ali Ferkous, Abdelghani Rouissat, Cheikh Lazhar et aux autres leaders salafistes du monde de donner leur interprétation des attentats-suicides.
Plusieurs oulémas salafistes de renom international, tels que Tartoussi, Abou Bakr El Djazairi et Youcef El Qaradhaoui, ont dénoncé le recours aux attaques suicides.
Mais la déclaration qui a le plus fait du mal au réseau al-Qaida au Maghreb Islamique émane d’un leader terroriste algérien. Salim El Afghani, dont le groupe refuse de prêter allégance à Droukdel, a publiquement comparé les activités d'al-Qaida à celles du Groupe Islamique Armé (GIA), responsable de très nombreux meurtres dans les années 1990 sous les ordre d'Antar Zouabri. Son analyse a ébranlé les rangs d'al-Qaida dans le pays, poussant un certain nombre de ses membres à demander à Droukdel de justifier sa stratégie des attentats-suicides par des arguments religieux.
Les attentats-suicides perpétrés par al-Qaida au Maghreb Islamique ont même provoqué une réaction d'un leader d'al-Qaida en Irak. Dans un entretien accordé en février au quotidien qatari Al-Arab, l'Algérien Abdallah Khalil, alias Abou Tourab El Djazairi, avait publiquement rejeté les attentats-suicides perpétrés en Algérie. Pour lui, le réseau al-Qaida au Maghreb se compose essentiellement "d'adolescents qui agissent surtout par vengeance du gouvernement". Il les a également accusés d'ignorer les règles islamiques, affirmant que les attentats visant des civils et des soldats aux maigres salaires ne relevaient en rien du djihad, et n'étaient qu'une "bêtise".
Les opérations d'al-Qaida au Maghreb souffrent gravement du silence et des critiques des élites religieuses. Dans le passé, les terroristes de la région fondaient habituellement leurs actions sur des arguments développés par Sayed Imam, le "théologien des djihadistes", et ancien mentor d'Ayman al-Zawahiri. Alors que les récentes déclarations de ce théologien, et son dernier livre, "La correction du djihad en Egypte et dans le monde", représentent un recul considérable par rapport au radicalisme de ses théories précédentes, la direction d'al-Qaida s'en tient avec entêtement à ses positions antérieures.
"Al-Qaida n'a d'autre idéologie que les souhaits personnels de ben Laden. Celui qui objecte est évincé. Cette approche est ce qui a conduit aux attentats du 11 septembre", a déclaré Imam au quotidien al-Hayat dans un entretien datant de décembre 2007.
Imam remet également en question les motifs religieux d'al-Qaida et d'autres groupes, affirmant que "ceux qui visent des innocents travaillent en-dehors des limites de la charia".
Et d'ajouter : "Ils placent leurs propres désirs et leur volonté devant celle de Dieu."