10/04/2008
Le dernier round de négociations entre les syndicats et le gouvernement marocain n'a pas permis de parvenir à une solution. Les entretiens se poursuivront dans les prochaines semaines, dans l'espoir que les deux parties s'entendront sur des augmentations de salaires et des prestations sociales pour les salariés marocains.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 10/04/08
![]() [Sarah Touahri] Les syndicats marocains ont mobilisé en masse au cours des dernières semaines pour faire valoir leurs revendications pour de meilleurs salaires et moins d'impôts. Le second round de négociations s'est achevé lundi 7 avril. |
Le second tour de négociations du travail entre le gouvernement marocain et les fédérations syndicales a eu lieu lundi 7 avril à Rabat. Ces dernières semaines, les syndicats ont organisé plusieurs arrêts de travail pour tenter de convaincre le gouvernement de l'urgence de leurs revendications.
Bien que les dernières propositions du gouvernement comprennent une augmentation du salaire minimum garanti et des allocations familiales et une réduction de l'impôt sur le revenu, Miloud Moukharik de l'Union Marocaine des Travailleurs (UMT) a déclaré que "elles ne satisfont pas aux exigences de la classe ouvrière ni aux dossiers présentés par l'UMT."
Il a expliqué que son syndicat demande une réduction de l'impôt sur le revenu de 42 à 38 pour cent en 2008, puis à 35 pour cent en 2009, avec une exonération pour les personnes gagnant moins de 36 000 dirhams par an. Il souhaite également une augmentation des retraites et des exonérations d'impôt.
Parmi les autres questions, on trouve la mise en oeuvre du Code du travail, la renforcement des libertés syndicales, et une augmentation du salaire minimum garanti. L'UGTM a demandé que le salaire minimum soit porté à 4 000 dirhams par mois, bien que d'autres syndicats demandent moins, la FDT demandant un salaire minimum mensuel de 3 000 dirhams et l'UMT 2 500 dirhams.
Le gouvernement affirme ne voir aucun obstacle à une augmentation du salaire minimum de 10 pour cent (190 dirhams) sur le niveau actuel de 1 841,84 dirhams par mois. Il se dit heureux de voir la manière dont se sont déroulées les négociations et a annoncé qu'il tiendrait compte de toutes les revendications avancées par les syndicats et de leurs implications financières.
Le Ministre de l'Emploi Jamal Aghmani a déclaré que les négociations "ont eu lieu dans une ambiance de sérieux et pris en compte la situation internationale et la nécessité d'augmenter le revenu des salariés, en particulier de ceux ayant de faibles revenus, qui ont été au centre de ce round de négociations."
Le gouvernement a défendu les solutions mises en avant par les deux commissions, créées après les négociations initiales en février pour connaître les revendications des salariés. Selon le Premier Ministre Abbas El Fassi, le gouvernement envisage également d'améliorer les prestations sociales pour les fonctionnaires, les plans de prestations des entreprises, et l'assurance santé, et gèlera les prix des produits de base, en portant les subventions à 36 milliards de dirhams.
Mais selon Nizar Baraka, Ministre délégué aux Affaires Economiques, on ne peut tout exiger du gouvernement, qui "se sert sur la même piscine ; celle des contribuables. Le gouvernement est là pour trouver des solutions logiques."
Il a déclaré qu'il est hors de question d'augmenter les salaires en fonction de l'inflation, comme le font certains pays, parce que cela crée un cercle vicieux qui a un effet négatif sur le taux d'inflation. "Augmenter le salaire minimum de 10 pour cent il y a plusieurs années a entraîné une chute de 6 pour cent des emplois disponibles sur le marché du travail. Notre objectif est de parvenir à l'équilibre", a souligné M. Baraka.
Les salariés du privé et du public ont fait part de leurs doutes que ces négociations, dont un troisième round est envisagé dans les semaines à venir, donneront des résultats concrets. Mohamed Raji, un fonctionnaire, affirme que les gens n'attendent pas beaucoup de ce dialogue, qui ressemble à "une pièce jouée entre le gouvernement et les syndicats à la veille du 1er mai."
Sanaa Badaoui, une secrétaire, estime qu'il est "regrettable que le gouvernement ne soit pas transparent dans ses propositions. Nous ne savons pas quel jeu il joue avec les syndicats. Les salaires doivent absolument être revus en fonction de l'augmentation du coût de la vie."