06/04/2008
Les Tunisiens ont réagi aux récentes déclarations du numéro deux d'al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, justifiant le meurtre de Musulmans innocents lors des opérations terroristes de son organisation.
Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 06/04/08
![]() [Said Jameh] Le récent communiqué d'al-Zawahiri justifiant le meurtre de civils innocents "reflète la confusion et l'absurdité de l'idéologie d'al-Qaida", a déclaré le politologue tunisien Borhane Besais à Magharebia. |
Les récentes déclarations du numéro deux d'al-Qaida, Ayman al-Zawhiri, justifiant le meurtre de Musulmans lors des opérations terroristes en Irak et au Maghreb, ont été critiquées par les Tunisiens.
Le politologue tunisien Borhane Besais a rejeté l'idée du numéro deux d'al-Qaida, al-Zawahiri, selon laquelle la responsabilité de la mort d'innocents lors des attentats d'al-Qaida au Maroc, en Algérie et en Irak incombe aux "ennemis". Dans un entretien avec Magharebia, M. Besais explique : "Le terme 'innocent' n'a aucune signification dans la doctrine et l'idéologie d'al-Qaida, dans la mesure en particulier où Oussama ben Laden a lancé une fatwa dans laquelle il affirme que les civils tués lors des opérations d'al-Qaida, qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, sont destinés à aller au paradis."
Le message d'al-Zawahiri, diffusé mercredi 2 avril, contient des réponses à des questions posées sur un site web islamiste lié à ce groupe, dont certaines sur le meurtre d'innocents au Maroc, en Algérie et en Irak.
Selon M. Besais, l'attitude d'al-Zawahiri "reflète la confusion et l'absurdité de l'idéologie d'al-Qaida, qui n'a pas évolué au-delà des interprétations doctrinales faites par Ibn Taymiyyah du temps des Mongoles et de leur crainte du califat des Abbasides, lorsqu'il avait lancé une fatwa favorable à la théorie de la consécration."
Cette théorie autorisait le meurtre d'otages musulmans capturés par les Mongoles et utilisés comme des boucliers humains, ce qui, selon M. Besais, "n'est en tout état de cause rien d'autre qu'une exploitation honteuse des théories jurisprudentielles pour justifier le meurtre et le terrorisme".
Sofiene Ben Hmida, militant des Droits de l'Homme et membre du bureau exécutif de la Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l'Homme, a qualifié les justifications du leader d'al-Qaida de "ridicules". "Rien ne peut justifier le fait de s'en prendre à des individus sans s'être au préalable assuré de leur identité", explique-t-il.
Et d'ajouter que de telles organisations considèrent les civils comme une partie du régime, que l'on peut tuer parce que "ils acceptent le régime en place et ne se révoltent pas contre lui". En tant que tel, poursuit-il, ils contribuent soi-disant à l'oppression. "Plus important, les organisations extrémistes voient la majorité des sociétés du Maghreb comme des sociétés infidèles."
Dans cet enregistrement, al-Zawahiri défend les attentats d'al-Qaida à Alger en décembre dernier, qui avaient fait quarante et une victimes.
Le terroriste demande aux Musulmans de rejoindre "les moudjahidines sur les théâtres d'opérations du djihad, comme la Somalie, l'Irak, l'Afghanistan et l'Algérie". Parallèlement, il justifie les attentats meurtriers contre les bureaux des Nations Unies au prétexte que l'organisation onusienne "est un ennemi de l'Islam."
Lotfi Azzouz, directeur de la branche tunisienne d'Amnesty International, a déclaré que "il n'y a aucune justification au meurtre de personnes innocentes, même en temps de guerre, si elles ne sont pas engagées dans des actions militaires. Aux termes de la législation internationales en matière de Droits de l'Homme, viser des civils est formellement interdit, quelles que soient les justifications apportées."
Mounira Abassi, responsable dans une banque, accuse les médias d'aider al-Zawahiri en diffusant son idéologie et ses appels à la tuerie. "Ils lui rendent un service gratuit, et en ont fait une star", explique-t-elle. "Il existe une alliance cachée entre al-Qaida, les médias et les chaînes de télévision par satellite, qui ne se préoccupent que de profit, aux dépens de notre jeunesse, qui risque de tomber dans le piège d'extrémistes comme ben Laden et al-Zawahiri."
"Les barbus trouvent toujours une justification à tout ce qu'ils font au nom de la religion. Je ne sais pas où la prennent, surtout que les guerres ont leurs propres règles. Le Prophète Mahomet (que la paix soit sur lui) lui-même avait pour habitude de demander à ses armées, lors de ses campagnes, de respecter les enfants, les personnes âgées et les femmes, et même les arbres", affirme Sanaa Fitouri, une femme au foyer, ajoutant : "Comment alors ben Laden et al-Zawahiri peuvent-ils trouver des justifications au meurtre de Musulmans innocents ?"