06/04/2008
Les propos tenus par le numéro deux d'al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, dans un récent enregistrement audio ont déclenché des réactions très sévères de la part des Algériens, à qui l'ont a dit que les personnes tuées dans les attentats du 11 décembre à Alger, perpétrés par al-Qaida, n'étaient pas des victimes innocentes.
Par Said Jameh pour Magharebia à Alger – 06/04/08
![]() [Said Jameh] Les Algériens ont écouté avec dégoût le communiqué du numéro deux d'al-Qaida Ayman al-Zawahiri, qualifiant les victimes algériennes des attentats du 11 décembre de "croisés infidèles". |
De nombreux Algériens ont écouté le récent message audio du numéro deux d'al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, avec dégoût, en particulier en raison du langage utilisé par celui-ci pour justifier les opérations terroristes contre l'Algérie et d'autres nations musulmanes.
Le double attentat du 11 décembre dernier contre le bureau du HCR et la Cour Constitutionnelle à Alger avait fait quarante et une victimes, pour la plupart des Algériens. L'Organisation al-Qaida au Maghreb Islamique avait revendiqué ces attentats.
Dans son message audio diffusé mercredi 2 avril, al-Zawahiri répondait à une question prétenduement posée par un étudiant en médecine algérien sur la raison de l'attentat contre des bureaux des Nations Unies à Alger. "Les Nations Unies sont un ennemi de l'Islam", a répondu le chef terroriste. Et de poursuivre, en affirmant que les Algériens tués lors de ces attentats n'étaient pas des victimes innocentes, mais des "croisés infidèles, avec les troupes gouvernementales qui les défendent".
Les Algériens ont exprimé leur dégoût face à cette interprétation. Un observateur a affirmé que le leader terroriste qualifiait ainsi les victimes pour "se cacher la main, entâchée de sang algérien".
Azzedine Essalami, un jeune fonctionnaire d'Alger, a déclaré que les justifications de al-Zawahiri ne peuvent être acceptées par les gens sensés. Pour lui, ces attaques sont une forme de terrorisme, qu'elles visent des membres des forces de sécurité, des civils ou des employés des Nations Unies.
"Pour nous, Algériens", poursuit-il, "qui avons souffert de la dégradation de la situation sécuritaire durant les années 1990, nous ne pouvons adhérer à de tels 'propos'. Il affirme qu'elles ne visent pas les personnes innocentes. Mais alors, les gens tués lors des récentes opérations terroristes n'étaient pas innocents ? Ils tentent de justifier l'injustifiable."
Yacine, la trentaine, a expliqué à Magharebia qu'il n'était tout simplement pas intéressé par les messages publiés par les terroristes, et qu'il n'écoutaient pas leurs communiqués ni ne lisait leurs déclarations dans les journaux. "Je sais d'avance que quoi qu'il dise, il ne me convaincra pas", affirme-t-il. "Je crois fermement au côté barbare de tels actes."
Nouwara, qui a échappé de peu aux attentats du 11 décembre, a été surprise par ce qu'a dit al-Zawahiri. Elle l'invite à se pencher sur la liste des victimes, afin qu'il connaisse leurs identités. "Son idéologie est en faillite. Les victimes de ces attentats sont des gens vivant dans le quartier populaire de Belcourt, et la seule raison pour laquelle ils avaient rejoint l'ONU, c'était pour y travailler et pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles", explique-t-elle.
Le journaliste Mounir Abi, spécialisé dans les affaires liées aux groupes islamistes armés, explique que les déclarations d'Ayman al-Zawahiri reflètent son idéologie "takfiriste" basée sur une doctrine religieuse erronée. Il ajoute que cette déclaration est une déclaration faite à l'Algérie, du type "vous êtes avec nous, ou contre nous".
M. Abi remet en cause le fondement idéologique de ces attentats, affirmant qu'ils n'ont aucune justification religieuse, doctrinale ou légale. "Les employés des Nations Unies, que ce soit en Algérie ou n'importe où dans le monde, sont des gens innocents... qui se contentent de mener des missions humanitaires."
Réagissant aux déclarations d'al-Zawahiri, la Ligue Arabe a condamné le contenu du message, jugeant les accusations prononcées contre les Nations Unies "d'irresponsables" et "d'offense" aux pays arabes.
Un porte-parole de la Ligue Arabe a déclaré vendredi que "les pays arabes, qui demandent aux Nations Unies de renforcer leur rôle et d'assumer leurs responsabilités vis-à-vis de la question palestinienne, ne peuvent accepter que des accusations aussi irresponsables soient proférées contre elles."