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Al-Qaida prolonge le délai pour la libération des touristes enlevés, rumeurs de médiation libyenne

25/03/2008

Alors que les ravisseurs d'al-Qaida ont prolongé le délai pour les deux touristes autrichiens qui seraient détenus au Mali, certains rapports laissent à penser que le fils du leader libyen Moammar Kadhafi pourrait conduire des négociations secrètes pour obtenir leur libération.

Jamel Arfaoui à Tunis a contribué à cet article – 25/03/08

[Getty Images] Le diplomate autrichien Anton Prohaska s'entretient avec des journalistes à Bamako, où il a rencontré le Président malien Amadou Toumani Toure pour discuter de l'enlèvement des deux ressortissants autrichiens.

Dans un communiqué diffusé sur lnternet lundi 24 mars, l'Organisation al-Qaida au Maghreb Islamique a prolongé le délai pour la libération des deux touristes autrichiens enlevés au 6 avril. Selon l'institut SITE, chargé de surveiller les sites web extrémistes, le message affirme : "Laissons l'Autriche, la Tunisie et l'Algérie être responsables de la vie des personnes enlevées". Le groupe terroriste ajoute que lorsque son délai "final" expirera, il "aura épuisé ce que [il] pouvait supporter".

Andrea Kloiber, 43 ans, et Wolfgang Ebner, 51 ans, avaient été enlevés le 22 février dans une zone désertique éloignée, à la frontière entre la Tunisie et l'Algérie, et seraient désormais détenus dans un camp d'al-Qaida dans la région de Kidal, dans le nord-est du Mali. Les ravisseurs ont conditionné le retour sain et sauf de ces deux ressortissants autrichiens au paiement d'une rançon et à la libération de dix islamistes emprisonnés en Tunisie et en Algérie. Le second délai fixé par al-Qaida a expiré dimanche à minuit.

Le fils du leader libyen Moammar Kadhafi, Seif al-Islam "conduit des négociations avec les ravisseurs… et espère que le problème pourra connaître une issue positive", a déclaré samedi le responsable politique et gouverneur régional autrichien Jörg Haider à l'agence de presse autrichienne. La Fondation Kadhafi de Seif al-Islam a nié toute initiative de médiation, mais M. Haider a affirmé dimanche, après ces dénégations, qu'il s'agissait d'une initiative personnelle et confidentielle, et que rien n'avait été organisé avec le Ministère autrichien des Affaires Etrangères.

En 2003, une intervention de Seif al-Islam avait permis d'obtenir la libération de quinze otages européens détenus par le Groupe Salafiste pour le Prêche et le Combat. Les ravisseurs avaient reçu une rançon estimée à dix millions de dollars.

Le gouvernement autrichien s'est félicité des efforts de Kadhafi, mais s'est refusé à confirmer qu'il avait demandé l'aide de Tripoli. "Pour la sécurité des otages et des personnes impliquées sur le terrain, nous ne souhaitons communiquer aucun détail sur cette opération", a déclaré le porte-parole du Ministère autrichien des Affaires Etrangères, Peter Launsky-Tieffenthal, des propos rapportés par l'AFP.

Nasreddine ben Hadid, spécialiste des questions du Maghreb, a indiqué que l'implication de la Libye était un signe encourageant que cette crise des otages allait se terminer sans effusion de sang. "La Libye avait, et a encore, une présence dans le Sahel africain. Le régime libyen dispose de contacts avec toutes les organisations présentes sur l'échiquier politique, et a une influence énorme sur la plupart d'entre elles. La libération des deux otages serait une nouvelle opportunité donnée au régime libyen de confirmer à l'Occident qu'il est la seule entité à détenir les clés de la stabilité dans la région", a-t-il déclaré à Magharebia.

"Les ravisseurs joueront certainement avec les nerfs de tous, mais au total, ils répondront à la médiation libyenne", a ajouté M. Ben Hadid.

Cette crise coïncide avec la diffusion la semaine dernière de deux messages audio supposés contenir la voix d'Oussama ben Laden. Certains se sont demandé si ces messages n'auraient pas un effet négatif sur les négociations en vue de la libération des deux otages.

"Je ne crois pas que le sort des deux touristes dépende de ce que déclare ben Laden", a déclaré à Magharebia Slaheddine Jourchi Tunisian, un spécialiste en affaires islamiques. "Je crois plutôt qu'il dépendra de la capacité des Autrichiens à conduire les négociations, et du fait qu'ils acceptent ou non les conditions posées, ou encore que les autorités en charge de la sécurité… dans la région envisagent ou non une opération militaire", a-t-il expliqué.

Par ailleurs, le diplomate autrichien Anton Prohaska a rencontré le Président malien Amadou Toumani Toure pour discuter de l'enquête. L'agence Reuters indique néanmoins que le gouvernement malien estime que les touristes enlevés auraient pu être sortis du pays après une attaque meurtrière la semaine dernière par des rebelles touaregs contre un convoi de l'armée près de Tin-Zaouatene, sur la frontière avec l'Algérie.