18/03/2008
Alarmées par les récentes arrestations de terroristes au Maroc, plusieurs militantes des droits des femmes ont pris une mesure assez radicale pour tenter de contrer la menace de l'extrémisme : lancer une campagne de sensibilisation dans les écoles et toucher les communautés déshéritées.
Par Imrane Binoual pour Magharebia à Casablanca – 18/03/08
![]() [Imrane Binoual] La Ligue Démocratique pour les Droits des Femmes (LDDF) est à la pointe des efforts de la société civile visant à mieux sensibiliser l'opinion aux dangers du terrorisme et de l'extrémisme. "La plupart des ONGs ont d'autres priorités", a déclaré la présidente de la LDDF, Fouzia Assouli. |
Alors que les militantes des droits des femmes ont célébré dans le monde entier la Journée Internationale des Femmes en début de mois, un groupe de femmes marocaines a choisi de concentrer ses efforts sur une campagne de sensibilisation au terrorisme.
La Ligue Démocratique pour les Droits des Femmes (LDDF) a renoncé à toutes les manifestations qu'elle avait prévues, après avoir décidé, au vu de la mise à jour d'un nouveau réseau terroriste, la cellule Belliraj, que le pays avait besoin d'un plan d'action d'urgence pour attirer l'attention sur la menace que fait peser l'extrémisme.
La présidente de la LDDF, Fouzia Assouli, a déclaré à Magharebia : "Nous avons pris conscience du manque d'unité entre les associations, en particulier les associations de femmes, pour lutter contre ce phénomène. La plupart des ONGs ont d'autres priorités. Nous avons donc décidé de mieux sensibiliser les gens en mettant la question en pleine lumière."
Sous le thème "Non à l'extrémisme et au terrorisme, oui à l'égalité et à la citoyenneté", son association a organisé une campagne de sensibilisation et de formation dans les écoles secondaires et les universités. Les institutions visées se trouvent dans les quartiers populaires de Casablanca, traditionnellement terreau du terrorisme.
Outre un travail dans les écoles, l'association mène également des actions en profondeur dans les quartiers résidentiels sur "la menace de l'extrémisme et de l'endoctrinement [et] le danger de l'utilisation de la religion à des fins politiques".
Fatiha Moukhlisse, une enseignante qui s'est portée volontaire pour conduire des ateliers dans plusieurs écoles secondaires, explique que le travail de cette organisation est essentiel. "Nous devons tous faire face à l'activité terroriste. Les efforts visant à sensibiliser les élèves du secondaire à ce problème sont extrêmement utiles. Ce type de face-à-face avec des élèves lors des ateliers nous permet d'instiller des valeurs de bonne conduite."
"Avec les enfants âgés de 11 à 15 ans, qui sont encore très ouverts, nous n'avons connu aucun problème ; au contraire, ils ont été très réceptifs et nous avons vraiment pu leur faire passer un message de tolérance et de respect pour les idées des autres", explique-t-elle.
Mme Moukhlisse a trouvé une situation bien différente avec les enfants plus âgés, de 15 à 18 ans. "Nous nous sommes aperçus qu'ils avaient beaucoup de préjugés", explique-t-elle. "Beaucoup d'entre eux ont été endoctrinés par certains professeurs qui leur font passer des idées non démocratiques, et nous avons donc éprouvé quelques difficultés avec eux", a-t-elle déclaré à Magharebia.
Le directeur de l'une des écoles concernées par la campagne de sensibilisation de la LDDF s'est félicité de cette initiative. Abdelakrim Idlhaj a déclaré que ces ateliers avaient été l'occasion pour ses élèves de "recevoir des leçons de citoyenneté, et de faire quelque chose de différent, qui sort de la routine scolaire habituelle".
Cet enthousiasme s'est retrouvé chez les jeunes élèves d'une école du quartier populaire de Moulay Rachid. "Cette activité est une bonne chose pour nous, parce qu'elle nous fait réfléchir à des sujets politiques tels que le terrorisme. C'est l'occasion de dire ce que nous pensons… parce que souvent, les gens nous traitent comme des enfants, même si nous avons nos propres idées", a déclaré Said Hdidou, alors que lui-même et d'autres élèves se rassemblaient autour d'un jeune enseignant pour travailler à un projet de peinture murale.
"Comment pouvons-nous nous réjouir de ces nouvelles manières d'apprendre et de discuter lors d'ateliers lorsque notre école manque de tant de choses ?", demande son copain Mustapha Khaloudi. "Nous n'avons pas de salle de sport, pas de bibliothèque, et à l'extérieur, dans notre quartier, il n'existe aucun club pour les jeunes. C'est pour cela que l'extrémisme existe."
Dans le cadre de la stratégie de la LDDF d'ouverture d'un débat sur le rôle de certains mouvements islamistes dans la montée de l'extrémisme, le groupe envisage d'organiser un forum public le 28 mars.
Mme Fouzia Assouli a indiqué à Magharebia que la LDDF travaille également à regrouper plusieurs associations pour lutter conter l'extrémisme. "De nombreuses ONGs ont accepté de s'impliquer dans notre projet", conclue-t-elle.