14/03/2008
La ville de Fez, au Maroc, a accueilli ce mois un Salon du Livre consacré aux femmes écrivains et destiné aux bibliophiles. Cette manifestation a été pour les Marocains l'occasion de rencontrer des écrivains et de discuter avec eux des questions liées à l'égalité entre les sexes, et d'assister à de nombreux spectacles théâtraux et musicaux.
Par Imane Belhaj pour Magharebia à Casablanca – 14/03/08
![]() [Imane Belhaj] Lors d'une table ronde organisée en marge du premier Salon du Livre des Femmes du Maroc, qui s'est tenu les 7 et 8 mars à Fez, Amina Megdoud, membre de l'association Créativité Féminine, a souligné les réalisations du Maroc en termes de suppression de la discrimination liée au sexe. |
A l'occasion de ce que beaucoup ont appelé un événement culturel exceptionnel de portée nationale, des dizaines d'écrivains, poètes et éditeurs littéraires marocains se sont rassemblés le 7 mars à Fez pour le premier Salon du Livre des Femmes jamais organisé.
Des universitaires, des étudiantes, des militantes, des journalistes et des ménagères ont ainsi participé à cette manifestation de deux jours, baptisée "Femmes écrivains d'hier et d'aujourd'hui". De nombreux participants ont noté que les femmes écrivains ne sont plus confinées à traiter uniquement des questions de femmes, mais explorent désormais des sujets contemporains, de la même manière qu'ils sont discutés et analysés par leurs homologues masculins.
La forte participation et le grand nombre de visiteurs sont à porter au crédit d'une meilleure reconnaissance de l'apport culturel féminin, a déclaré à Magharebia Khadija Tanana, présidente de l'association Créativité Féminine, ajoutant que ce salon avait été un succès parce qu'il s'était exclusivement intéressé aux pionnières de la littérature féminine. Son groupe – l'un des plus anciens défenseurs des droits des femmes au Maroc – parrainait ce salon aux côtés de l'association Mubadarat (Initiatives).
"Nous avons eu le sentiment que les écrits des femmes, lorsqu'ils sont créatifs et clairement mis en évidence, deviennent de plus en plus importants. Toutefois, lorsqu'ils sont présentés dans un espace commun avec des livres d'hommes, les écrits de ces derniers dominent", explique Mme Tanana. "Dans les salons du livre habituels, les ouvrages de femmes importants sont conservés sur les rayons. [Ils] n'apparaissent pas au milieu des multitudes de publications", ajoute-t-elle.
Près de 85 pour cent du public étaient composés de femmes écrivains marocaines et arabes, indique Mme Tanana, notant que "leur présence était forte dans divers domaines : nouvelles, romans, politique, science, sociologie, et d'autres encore."
Cependant, selon l'écrivain Fatima Sadiki, "les femmes écrivains au Maroc sont encore peu nombreuses en dépit de la multiplication de ces dernières années". Et d'ajouter : "Certaines voix sont prometteuses en poésie, mais nous manquons encore de talents chez les romancières."
Mme Sadiki a également insisté sur le fait que certaines femmes semblent plus intéressées par une écriture en français plutôt qu'en arabe. Elle pense qu'il doit leur être plus facile de parler de sujets tabous dans une autre langue que dans la leur.
Ce salon proposait également une scène, des séances de dédicaces des grands auteurs féminins Wafaa Melih, Rabiaa Rihan, Anissa Deraz, Fatima Sadiki, Mounia Belafia et Rkia Mosadeq, et un concert de la célèbre soprano marocaine Samira Kadiri.
Une table ronde sur l'égalité entre les sexes dans le monde arabe était également organisée en marge de ce salon. Ce forum a été l'occasion de lever le voile sur les progrès accomplis par le Maroc en matière d'égalité et de suppression de toute forme de discrimination basée sur le sexe, a déclaré Amina Megdoud, membre de l'association Créativité Féminine.
Les discussions ont essentiellement porté sur la Convention sur l'Elimination de toutes Formes de Discrimination Envers les Femmes, a expliqué le professeur Megdoud. Les participants ont également pu présenter et expliciter les troisième et quatrième rapports périodiques présentés par le Maroc aux Nations-Unies, le 21 janvier, concernant les associations de femmes dans la région de Fez-Boulmane, au centre du pays.