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L'appel d'un parti islamiste en faveur de quotas pour les oulémas déclenche un débat au parlement marocain

12/03/2008

Un vaste débat a été lancé au Maroc après l'appel d'un parti visant à donner aux oulémas un rôle en politique. Certains affirment que des quotas parlementaires seraient un signe de respect, d'autres estiment que les autorités religieuses doivent rester neutres et ne s'engager sous aucune étiquette politique.

Par Imrane Binoual pour Magharebia à Casablanca – 12/03/08

[Imrane Binoual] Une réunion des intellectuels religieux marocains discute de l'appel du Parti de la Renaissance et de la Vertu visant à fixer un quota pour les oulémas au parlement. Cet appel a suscité un vif débat dans le pays, avec ses adversaires et ses opposants.

L'appel d'un parti islamiste marocain visant à fixer des quotas pour les oulémas (les intellectuels religieux) au parlement a déclenché un débat sur leur rôle en politique.

Lancé par le Parti de la Renaissance et de la Vertu (PRV) lors de la campagne électorale de 2007, cette proposition appelle l'Etat marocain à "donner plus d’importance à la doctrine islamique et aux oulémas et à leur rendre hommage en leur donnant la place qu’ils méritent."

Un document distribué lors d'une réunion de ce parti le 1er mars appelait à donner à ces intellectuels "un quota au parlement, à l’instar du quota consacré aux femmes".

Tous les oulémas présents à cette réunion ne se sont pas prononcés en faveur de ce quota. Parmi les théologiens invités à participer au débat se trouvaient Brahim Kamal et Mohamed Zohal, considérés comme les pères fondateurs du mouvement de la Chabiba Islamiya (Jeunesse Islamique), créé au Maroc au début des années 1970.

"Je suis étonné d’entendre une telle proposition, car j’estime que les oulémas doivent emprunter la même voie que tous les parlementaires pour siéger dans l’hémicycle", déclaré Mohamed Zohal.

Quant à lui, Brahim Kamal s'est déclaré favorable à la proposition du PRV. "Les oulémas ont été de tous temps les guides de la population", a-t-il affirmé. "Ils doivent assumer leur responsabilité en s’intéressant à la gestion de la chose publique."

Mohamed Khalidi, secrétaire général du PRV, a expliqué ce qui avait motivé cette proposition : "Nous ne voulons aucunement nous substituer au Conseil Supérieur des Oulémas. Ce que nous voulons, c’est encadrer les oulémas et les pousser à s’intéresser à la chose publique. Nous ouvrons tout simplement le débat sur la question. Nous allons ensuite organiser un colloque national sur ce sujet, auquel nous inviterons des chercheurs, des décideurs, des oulémas, etc."

Dans son communiqué, le parti affirme que "les oulémas doivent jouer leur plein rôle en montrant la véritable référence islamique qui prône la tolérance et rejette toutes les formes de violence quels que soient les prétextes de cette violence."

Les partisans de la laïcité manifestent leur opposition à une telle éventualité. S'adressant à Magharebia, Khadija Rouissi, présidente de l'association Bayt Al Hikma (Maison de la Sagesse) a déclaré : "Nous avons assez de complications qui font la confusion entre le politique et le religieux. Nous n’avons nullement besoin d’y ajouter d’autres complications. Nous devrions plutôt tendre à une séparation du politique et du religieux."

"Si l’on consacre un quota aux oulémas au sein du parlement", a poursuivi Mme Rouissi, "il faut s’attendre à ce que ces oulémas décrètent l’interdiction de la prise de parole par les femmes, parce que c’est interdit par la charia. Je pense que l’institution d’Imarat Al Mouminine est suffisante, et qu'une confusion entre le politique et le religieux ne constituera qu'un danger pour l’avenir du Maroc", a-t-elle conclu.

Lahcen Daoudi, du Parti pour la Justice et le Développement, a également fait part de son opposition à cette proposition. Pour lui, les oulémas doivent rester neutres et ne devraient avoir aucune étiquette politique. "Les oulémas sont comme la mosquée, ils appartiennent à tous les Musulmans. De plus, si les oulémas siègent au parlement, cela risque de leur créer des problèmes avec les citoyens, car ces derniers vont constamment les solliciter, leur demandant de résoudre leurs problèmes", a-t-il déclaré.