07/03/2008
Alors que les militantes des droits des femmes au Maroc se préparent à célébrer la Journée Internationale des Femmes le 8 mars, certaines affirment que la question antiterroriste est également l'affaire des femmes. Ce groupe a reporté la publication de son rapport politique annuel pour mieux combattre "les idées détestables" qui menacent le Maroc.
Par Imane Belhaj pour Magharebia à Casablanca – 07/03/08
![]() [Getty Images] La militante Fatima Akouri a déclaré à Magharebia qu'à l'occasion de la Journée Internationale des Femmes, le 8 mars, "nous ne pouvons nous contenter de recevoir des roses au bureau ou à la maison... Nous avons plus besoin d'un moment de pause pour évaluer les acquits et envisager les défis." |
A la veille de la Journée Internationale des Femmes, samedi 8 mars, les femmes du Maroc expliquent qu'en dépit de la nomination de plusieurs femmes à des postes ministériels dans le gouvernement actuel, beaucoup de chemin reste à faire pour atteindre leurs objectifs. Pour mieux sensibiliser à ces objectifs et tenir les responsables marocains pour responsables des retards pris à répondre à plusieurs de leurs demandes, les organisations luttant pour les droits des femmes envisagent de célébrer cette journée en organisant des symposiums, des tables rondes et des rassemblements.
"Nous avons déjà pris des mesures importantes, comme le Code de la famille, considéré comme une réelle victoire pour les sept femmes présentes au gouvernement. Il vient s'ajouter à un certain nombre de réformes législatives qui mettent un terme aux injustices commises envers les femmes", déclare Fatima Akouri. Mais elle ajoute que "il reste encore beaucoup de femmes qui souffrent de différents problèmes de discrimination, et la violence envers les femmes reste importante".
Pour Mme Akouri, la Journée Internationale des Femmes permet d'évaluer les progrès globaux réalisés en matière de droit des femmes au Maroc. "Nous ne pouvons nous contenter de recevoir des roses au bureau ou à la maison. Nous ne pouvons nous contenter de ces slogans et appels en faveur des droits des femmes, de leur défense et de la reconnaissance de leur rôle au sein de la société. Nous avons plus besoin d'un moment de pause pour évaluer les acquits et envisager les défis", déclare-t-elle à Magharebia.
Mais une journée n'est pas suffisante pour l'Association Démocratique des Femmes Marocaines (ADFM), qui indique que ses adhérentes doivent lutter à longueur d'année pour parvenir à l'égalité et défendre les droits économiques, sociaux et politiques des femmes. Elles célèbrent ainsi la Journée Internationale des Femmes durant tout le mois de mars, au cours duquel elles envisagent de lancer une pétition sur la révision de la charte sociale.
Bien que la Ligue Démocratique pour les Droits des Femmes (LDDF) soit d'accord sur la nécessité d'une réforme sociale, elle choisit de se pencher sur une question encore plus brûlante cette année. Partant de leur conviction que la lutte contre le terrorisme est aussi l'affaire des femmes, ses membres placeront cette journée sous le slogan "Non à l'extrémisme et au terrorisme… Oui à l'égalité et à la citoyenneté".
Bouchra Abdou, membre du bureau exécutif de la LDDF, explique: "Nous avons décidé de reporter la publication de notre rapport annuel et de retarder les demandes et les recommandations que nous mettons habituellement en avant à cette occasion. A la place, nous avons choisi de mettre en place un autre programme qui souligne la portée de notre engagement dans la campagne antiterroriste et notre refus absolu des idées détestables qui portent atteinte à notre société."
La Ligue demande aux citoyens de participer au maintien de la sécurité et appelle toutes les forces démocratique, les organisations pour les droits des femmes et les groupes sociaux du Maroc à former une vaste coalition contre la haine et l'intolérance.
Commentant l'évènement, la militante politique et syndicaliste Nadjia Malek fait également part de son espoir de voir se constituer un réel mouvement des femmes au bénéfice des femmes et des Marocains dans leur ensemble.
Mais obtenir l'engagement des hommes en faveur des droits des femmes pourrait prendre du temps. Selon l'étudiante Saida Rouchdi, la Journée Internationale des Femmes est en général tournée en ridicule par les hommes. "Chaque fois que nous marquons cette célébration du 8 mai, nous sommes la cible d'un flot de sarcasmes, comme 'la journée passera vite. Vous ferez quoi demain, le 9 mars ?'"
Et elle ajoute: "Ils estiment que nous bénéficions maintenant de toute liberté et ouverture, et que nous avons bafoué les coutumes et les traditions. Alors, que voulons-nous encore ?"