03/03/2008
Les récents développements dans l'enquête sur le réseau terroriste Belliraj au Maroc montrent que le chef de ce réseau, Abdelkader Belliraj, aurait travaillé pendant huit ans comme informateur pour les services de renseignement belges.
Par Sarah Touahri et Naoufel Cherkaoui pour Magharebia à Rabat – 03/03/08
![]() [Getty Images] Le Ministre marocain de l'Intérieur Chakib Benmoussa a assuré vendredi 29 février aux membres du parlement que l'enquête sur l'affaire Belliraj se poursuivait dans le respect des lois antiterroristes, mais que des réformes s'avéraient nécessaires à long terme. |
Les révélations selon lesquelles Abdelkader Belliraj, le maître à penser présumé du réseau terroriste démantelé par les autorités marocaines le 18 février, aurait travaillé pendant huit ans comme informateur pour les services de sécurité belges ont déclenché une vaste enquête sur les deux continents.
L'enquête étant toujours en cours, le Ministère marocain de l'Intérieur se garde de communiquer tout détail sur cette affaire. Cependant, Chakib Benmoussa a déclaré samedi que les services belges de renseignement "connaissaient" manifestement Abdelkader Belliraj, tout en ajoutant que ce terroriste était "apparemment un professionnel de la dissimulation". Il a souligné que Belliraj était passé maître dans l'art du camouflage, ayant vécu en Afghanistan en 2001 et en Algérie, avec des membres du Groupe Salafiste pour le Prêche et le Combat (GSPC), en 2005.
Les informations dévoilées par la presse ont déclenché une immense activité au sein du gouvernement belge. Le Ministre de la Justice Jo Vandeurzen a déclaré vendredi 29 février dans un communiqué qu'il avait "immédiatement demandé au Comité R [le comité chargé du contrôle permanent des services de renseignement] de lancer une enquête sur la manière dont les services de renseignement s'y sont pris pour collecter et traiter leurs informations dans ce dossier. Je veux à présent attendre le résultat de l'enquête."
Les forces belges de sécurité ont perquisitionné le domicile de Belliraj mardi dernier, mais aucun résultat n'a été révélé au public. La presse locale indique que la police a fouillé la maison et le jardin en utilisant du matériel sophistiqué, et que des notes et des ordinateurs ont été saisis.
Elle indique également que les enquêteurs marocains pourraient participer aux prochaines opérations de recherche, aux termes d'un accord de partage des informations entre les deux pays.
Belliraj et trente-quatre autres personnes ont été placés en détention à la prison de Salé vendredi, après une audition préliminaire de quatorze heures. Les six responsables politiques impliqués dans cette affaire disposent d'une équipe de quinze avocats pour les représenter. "Les motifs d'accusations sont lourds", a déclaré Me Abderrahim Jamai.
M. Benmoussa a indiqué que le groupe avait constitué la plus grande cache d'armes jamais découverte depuis quinze ans au Maroc, répartie en deux lots. "Les armes avaient été amenées depuis la Belgique par d'autres Marocains habitant dans ce pays. Elles entraient dans le pays cachées dans des camions, par Ceuta and Mellila, avant d'être dissimulées dans des caches à Casablanca et à Nador", a-t-il expliqué.
Des membres du parlement ont rencontré le ministre vendredi pour discuter de l'enquête et garantir la transparence de la procédure. Le Ministre de l'Intérieur a promis aux députés que l'enquête serait menée dans le respect de la loi, mais il a également profité de l'occasion pour demander que soit réformée la législation antiterroriste actuelle du Maroc.
Le Ministre des Relations avec le Parlement, Mohamed Saad Alami, a indiqué qu'en travaillant en étroite collaboration et en évitant toute surenchère politique, députés et responsables gouvernementaux pourront se doter des moyens de venir à bout de l'extrémisme.
Le public marocain suit l'affaire de près. Il existe certes une unanimité dans la dénonciation du terrorisme, mais nombreux sont ceux qui ne veulent pas encore inculper les hommes politiques accusés dans cette affaire jusqu'à ce que les choses se clarifient. Saida Mahjoubi, une enseignante, a affirmé à Magharebia qu'il est trop tôt pour incriminer quiconque. "Personnellement, j'imagine mal comment un politicien connu peut participer à des actes terroristes. La justice doit être transparente pour tranquilliser les citoyens."
Même son de cloche chez Hamid Radi, un informaticien : "Le gouvernement affirme détenir des preuves. Il doit les communiquer aux citoyens pour que ceux-ci comprennent parfaitement ce qui s'est passé."