18/02/2008
Une nouvelle charte visant à réguler les réseaux de télévision par satellite, et récemment adoptée par les Ministres arabes de l'Information, est actuellement sous les feux de la rampe au Maghreb. Les plus critiques décrivent la mesure comme une tentative de censure des médias arabes et disent qu'elle rend impossible la dissidence politique.
Jamel Arfaoui à Tunis a contribué à ce reportage – 18/02/08
![]() [Getty Images] C'est lors d'une réunion des Ministres arabes de l'Information au Caire que cette nouvelle charte a été adoptée. Elle se veut une tentative de régulation des radios et télévisions par satellite, permettant d'empêcher que des images considérées comme offensives viennent s'inviter dans les salons des régimes arabes et dans ceux de la société. Ceux qui critiquent la charte l'ont qualifiée d'outil de censure et d'arriérisme. |
Adoptée au Caire mardi dernier par les Ministres arabes de l'Information, une nouvelle charte intitulée "Régulation des Radios Satellites et de la Diffusion Télévisuelle dans la Région Arabe" veut bannir l'"Offense" des régimes et des sociétés arabes.
Le document,qui comporte 13 clauses, a été écrit conjointement par l'Egypte et par l'Arabie Saoudite, et décide que les médias par satellite doivent avoir la responsabilité de protéger les intérêts suprêmes des Etats arabes. Elle autorise aussi les Gouvernements à annuler ou à suspendre la licence d'une chaîne qui viole les règles établies dans le document.
Les règles proposées créent des principes de gestion des programmes politiques, dont un surnommé l'"incitation", et elle appelle à ce que les chaînes "respectent la dignité des états et évite toute diffamation de leurs leaders ou de leurs symboles nationaux".
Les Ministres arabes ont également imposé des règles de transparence, garantissant le "droit du public à une information exacte". En dépit d'une interdiction placée sur l'"offense" faite aux régimes, le document affirme respecter la liberté d'expression et le principe de souveraineté nationale de chaque état. La charte réclame que les programmations se conforment aux "valeurs religieuses et éthiques des sociétés arabes" et qu'elles doivent protéger l'identité arabe des "mauvais effets de la mondialisation". Les chaînes satellite ne doivent pas "porter atteinte à l'harmonie sociale, à l'unité nationale...ou aux valeurs traditionnelles," indique-t-il.
Même si elle a été adoptée par une majorité d'Etats arabes, l'accord suscite les critiques du Liban et du Qatar. Des groupes de la société civile à travers tout le monde arabe ont aussi exprimé leur désaccord face à ces nouvelles règlementations.
Dans un communiqué publié le 14 février, le Comité arabe des Droits de l'Homme (ACHR) a fermement condamné la Charte du Caire, en disant qu'il s'agissait d'une tentative menée pour assiéger les chaînes satellitaires pratiquant la liberté d'expression sous le prétexte de lutter contre des transgressions d'ordre moral.
Le communiqué affirme que le document contient des "indications claires quant aux intentions...des régimes arabes de contrer les vagues de critiques dirigées contre eux en raison de la corruption et de leur main-mise sur les libertés individuelles et publiques".
Le ACHR a exprimé son soutien aux caînes de télévision arabes visées par la Charte, et a appelé la société civile et les journalistes à "se lever fermement" contre la politique qu'il a défini comme une tentative de "ramener le secteur des médias arabes à une période qui existait il y a deux décennies bien avant la révolution des chaînes satellites, de l'Internet mondial et des médias illimités".
Magdi Daqqaq, rédactrice en chef du magazine égyptien Al Hilal, défend la nouvelle charte. Dans une déclaration faite à Al Jazeera, Daqqaq dit : "La Charte est justifiée, en particulier parce que de nombreuses chaînes satellites arabes ont dépassé les limites en terme de désacralisation des croyances et d'incitation à la violence et à la haine. "
Le journal du Parti Démocratique Progeressiste, Al Mawkif, a présenté vendredi un éditorial écrit par le journaliste tunisien Rachid Kchena, dans lequel il qualifie la Charte de "nouvelle attaque à l'encontre de la liberté de la presse", ayant pour objectif de réduire au "silence les voix de la liberté sur les chaînes satellites".
D'un autre côté, Khemais Khayati, membre du Comité des Liberté du Syndicat des Journalistes Tunisiens, déclare : "Je crains que cette Charte soit à double tranchant. Mettre un terme au chaos est une chose importante si les intentions sont bonnes".
Khayati dit à Magharebia qu'il s'inquiète du fait que la Charte devienne "un instrument utilisé par les Gouvernements arabes pour assiéger la liberté de la presse".
Un journaliste travaillant dans un média officiel en Tunisie et qui préfère rester anonyme déclare : "J'ai été personnellement surpris de voir cette décision. J'ai été déçu. Pouvons-nous régresser ainsi à un moment où tous les peuples du monde vont de l'avant ? Je crois qu'ils sont en train de fermer les filets sur les journalistes arabes".