30/01/2008
Une chaîne de télévision marocaine consacrée à la langue et à la culture amazighes suscite l'intérêt du mouvement culturel amazigh. Les responsables gouvernementaux affirment que la programmation attirera un grand nombre de téléspectateurs marocains, mais un militant amazigh s'inquiète que cette chaîne n'ait un côté discriminatoire.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 30/01/08
![]() [Sarah Touahri] Le recteur de l'Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) Ahmed Boukous et son personnel seront chargés de la production des programmes de cette nouvelle chaîne amazighe, qui visera à faire connaître la langue amazighe à un public peu familiarisé avec cette langue. |
Une nouvelle chaîne de télévision marocaine diffusera entièrement en langue amazighe, répondant au voeu exprimé depuis longtemps par un pourcentage important de la population. Le gouvernement marocain apporte la dernière touche au cahier des charges, pour garantir que cette chaîne nationale, qui diffusera des programmes d'intérêt général, pourra commencer à émettre prochainement, a fait savoir le Ministre de la Communication Khalid Naciri devant le parlement, mercredi 23 janvier.
Un communiqué du cabinet du Premier Ministre affirme que "le gouvernement est disposé à assurer toutes les conditions nécessaires à la création d’une chaîne de télévision amazighe". Les Ministères des Finances et de la Communication prendront en charge le coût de ce projet estimé à 168 millions de dirhams (21,7 millions de dollars), la Société Nationale de Radio et de Télévision (SNRT) fournira les locaux et une grande partie des personnels, et l'Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) sera chargé de la formation et d'une partie de la production.
Ce projet de chaîne télévisée avait été ajourné en novembre 2006 par suite de contraintes financières, mais le gouvernement est désormais déterminé à lancer cette chaîne. Une commission composée de la SNRT, de l'IRCAM et du Ministère de la Communication a travaillé sur les volets production, équipement technique et ressources humaines du projet avant de le remettre au gouvernement.
Selon le ministre, les programmes seront diffusés dans les trois variantes de la langue amazighe : le tamazight, le tarifit et le tachlhit. "Cette chaîne vise à répondre aux besoins d’une grande catégorie de spectateurs marocains dans les domaines de l’information, de la culture, de l’éducation et des loisirs", a indiqué M. Naciri.
D’après l’IRCAM, l’objectif est de vulgariser l’amazigh auprès des citoyens qui ne connaissent pas cette langue.
La création d’une chaîne thématique dédiée à la langue et à la culture amazighes a suscité l’intérêt du mouvement culturel amazigh. Même les associations qui n’appuient pas l’IRCAM se félicitent d’une telle initiative.
Brahim Baouche, représentant du Réseau Amazigh pour la Citoyenneté à Rabat a expliqué à Magharebia qu’il s’agit d’une chaîne qu’attendent tous les Amazighs avec une grande impatience : "C’est un genre de réconciliation avec l’amazigh dans le cadre de la diversité culturelle. La requête du mouvement amazigh d’intégrer l’amazigh dans le champ médiatique public sera enfin concrétisée." Il ajoute que certes les deux chaînes nationales ont fourni des efforts via leurs cahiers des charges et diffusent des programmes amazighophones, mais que les émissions proposées sont programmées à des horaires de faible audience.
Said Ameskane, porte-parole du Mouvement Populaire, dont la défense de l’amazigh constitue une préoccupation majeure, indique que la chaîne va répondre aux attentes des citoyens qui ne parlent pas l’arabe. Il craint néanmoins que la création de cette nouvelle chaîne n'ait un côté discriminatoire. Il estime qu'une autre solution aurait été de diffuser plus de programmes en langue amazighe sur les chaînes existantes.
"Nous sommes une même société", explique-t-il. "Aucun Marocain ne peut prétendre être à cent pour cent arabe ou amazigh. Le Maroc est composé d’un brassage culturel."