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Le Maroc se dote d'un nouvel observatoire national de la corruption

10/01/2008

Au nouvel Observatoire National de la Corruption et du Développement de la Transparence de Casablanca, Transparency Maroc travaillera à suivre, faire connaître et résoudre les problèmes de corruption dans l'ensemble du pays. Cette ONG demande au gouvernement de mettre en oeuvre son plan d'action de lutte contre la corruption.

Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 10/01/08

[Sarah Touahri] Azeddine Akesby, le secrétaire général de Transparency Maroc, a affirmé qu'il était difficile de prouver les cas de corruption. Pour empêcher la diffamation, les personnes présentant des doléances "devront avoir des éléments tangibles et précis, notamment des documents comptables et des vidéos, si possible".

Transparency Maroc a commencé la nouvelle année en ouvrant l'Observatoire National de la Corruption et du Développement de la Transparence à Casablanca. Créé en novembre 2007 avec le soutien financier de l'ambassade des Pays-Bas, ce centre a commencé à s'attaquer à la corruption, à aider les victimes et à favoriser l'intégrité à la fois au sein du gouvernement et dans le secteur privé.

Cette nouvelle structure aura pour mission notamment la collecte, le traitement et la promotion de l’information sur la corruption, la gouvernance et la transparence. Elle aidera également les victimes de la corruption et les dénonciateurs de cas de corruption par le biais d'un réseau de soutien et de conseils juridiques. Ce centre disposera d'une ligne téléphonique gratuite et d'une adresse de contact e-mail pour les personnes souhaitant signaler des cas de corruption.

Le secrétaire général de Transparency Maroc Azeddine Akesbi a reconnu qu'il était difficile d’avoir des preuves en cas de corruption. Pour prévenir toute diffamation, les personnes présentant des doléances "devront avoir des éléments tangibles et précis, notamment des documents comptables et des vidéos, si possible", a-t-il expliqué.

M. Akesbi a indiqué que Transparency Maroc souhaite associer le secteur privé, les ONGs et les instances spécialisées à son travail. "Je pense ici à la création annoncée de l'Instance Nationale de Prévention de la Corruption, qui pourrait recevoir un certain nombre d'informations que nous pouvons développer et faire usage de plaintes que nous recevons nous-mêmes au sein de l'Observatoire. Nous appelons donc à une collaboration avec les différents partenaires, qu'ils soient officiels ou pas", précise-t-il.

La collecte des informations permet aux membres de cet observatoire de mener des réflexions sur des sujets précis, comme les élections législatives de septembre au Maroc. Transparency International, l'ONG responsable du centre de Casablanca, travaille déjà dans le monde entier à traduire les responsables politiques corrompus devant la justice, à surveiller les élections et à enquêter sur l'achat des voix et l'éthique parlementaire.

Selon Transparency Maroc, il faut la conjugaison de tous les efforts pour éradiquer le fléau de la corruption enracinée dans la société marocaine. Une volonté politique est nécessaire pour mettre un terme à l'impunité, souligne M. Akesbi. "La volonté doit se manifester sur le terrain. Il ne faut pas chercher des cas particuliers et isolés, mais assainir tout le système", a-t-il expliqué à Magharebia.

Il appelle le gouvernement à traduire dans la réalité son plan d’action de lutte contre la corruption. "On a le cadre de la convention des Nations-Unies qui a été ratifié. Il est grand temps de passer à l’acte. Le gouvernement a une grande responsabilité, car c’est lui qui détient le pouvoir exécutif. Il en est de même pour l'engagement des partis politiques pris pendant la campagne électorale", a-t-il ajouté.

La sensibilisation aux méfaits de la corruption s’impose au même titre que les sanctions, souligne le professeur Mohamed Mrani. "Il appartient aux médias, en collaboration avec la société civile et l’Etat, de sensibiliser les citoyens", affirme-t-il.

Et d'ajouter : "Le phénomène est ancré au Maroc. Au fil du temps, il est devenu une véritable culture."

Toutefois, un indicateur objectif récent laisse entrevoir certains progrès. Le Maroc a amélioré son classement au niveau de l’indice de perception de la corruption, passant de la 79ème à la 72ème place en 2007 parmi les 179 pays répertoriés par l'ONG.