20/12/2007
Affirmant avoir perdu leurs postes pour des raisons politiques, trois enseignants du secondaire en Tunisie ont entamé une grève de la faim il y a cinq semaines pour obliger le Ministère de l'Education à se pencher sur leur cas et leur rendre leur affectation. L'attention à leur mouvement a pris de l'ampleur, et les responsables sanitaires s'inquiètent de leur état de santé.
Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 20/12/07
![]() [Jamel Arfaoui] Les professeurs Moez Zoghlami (à gauche) et Ali Jallouli ont dû être transportés d'urgence à l'hôpital après plusieurs évanouissements |
Alors que la grève de la faim entamée par trois professeurs tunisiens de lycée est entrée dans sa cinquième semaine, les rapports médicaux indiquent que leur état de santé s'est dangereusement dégradé. Deux d'entre eux, Ali Jallouli et Moez Zoghlami, ont dû être transportés d'urgence à l'hôpital de Tunis le 13 décembre pour des secours d'urgence après s'être évanouis à plusieurs reprises et présenté des difficultés à respirer.
Jallouli, professeur de philosophie dans la ville de Kebili, et Zoghlami, professeur d'anglais à Tozeur, avaient entamé leur grève de la faim aux côtés de Mohamed Moumni, professeur de philosophie à Tunis, le 20 novembre, pour demander leur réintégration, après que le Ministère de l'Education eut refusé de renouveler leur contrat de travail. Tous trois affirment avoir été licenciés pour des raisons politiques. Une source du Ministère de l'Education qui souhaite rester anonyme a réfuté ces affirmations.
L'un de ces grévistes, Mohamed Moumni, a toutefois indiqué à Magharebia que le ministère "nous a punis pour des raisons politiques et syndicales, en particulier après notre participation à la grève du 11 avril dernier, à laquelle ont participé plus de 110 000 éducateurs". M. Moumni a déclaré que le ministère "a voulu faire un exemple pour ceux qui envisageraient [une grève], en particulier dans la mesure où nous sommes des enseignants sous contrat."
Cette grève des professeurs a attiré l'attention au plan national et international. Les partisans de la grève comptent dans leurs rangs la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l'Homme, des journalistes, des étudiants et le Syndicat Général de l'Enseignement Secondaire. Depuis la France, certaines associations d'immigrants tunisiens ont publié des communiqués de soutien aux grévistes et exigé qu'ils soient réintégrés dans leurs fonctions.
Le 15 décembre, un grand nombre de syndicalistes et d'étudiants s'étaient rassemblés sur la place Mohammed Ali, où les enseignants poursuivent leur grève de la faim au siège de l'Union Générale des Travailleurs Tunisiens. Leurs supporters ont brandi des slogans tels que "Persévérons…persévérons jusqu'à ce que les expulsés soient réintégrés" et "Travail, liberté, dignité nationale".
Un groupe d'avocats, d'écrivains, de journalistes et de médecins connus au plan national ont également mis en place un comité de soutien aux enseignants grévistes. Dans son premier communiqué publié le 18 décembre, ce groupe a déclaré que cette grève "vise à défendre le droit au travail et le droit à se syndiquer, qui sont garantis par la constitution tunisienne et par de nombreux accords et chartes internationaux ratifiés par l'Etat tunisien."
M. Moumni a affirmé que lui-même et ses deux collègues n'avaient entamé leur grève de la faim qu'après que "nous ayons épuisé tous les contacts possibles". Il a déclaré à Magharebia: "Nous avons frappé à toutes les portes, y compris [celle de] l'instance d'arbitrage administratif, du Haut Comité des Droits de l'Homme et de tous les partis [politiques] sans exception. Mais au total, nous nous sommes aperçus que toutes ces portes restaient fermées, même si notre demande consiste simplement à vouloir exercer notre droit au travail."
Seul un retour sur sa décision de la part du Ministère de l'Education pourrait inciter ces professeurs à interrompre leur grève. "Nous n'arrêterons pas, nous continuerons jusqu'à la fin."