29/11/2007
Les doubles élections en Algérie ont commencé ce matin, mais le gouvernement et les responsables des partis craignent que le mauvais temps dissuade les électeurs de se rendre aux urnes. Les premiers chiffres communiqués par le Ministère de l'Intérieur faisaient état d'une participation de seulement 20 pour cent en début d'après-midi.
Par Hayam El Hadi et Achira Mammeri pour Magharebia à Alger – 29/11/07
![]() [Getty Images] La participation aux élections locales en Algérie était estimée à 20 pour cent à 14 heures. Un jeune Algérien vote pour son père dans un bureau de vote d'Alger. |
C'est dans un climat de sécurité renforcée et sous de fortes pluies que les Algériens ont commencé de voter ce matin pour élire leurs représentants aux Assemblées Populaires de Commune (APC) et aux Assemblées Populaires de Wilaya (APW) pour un mandat de cinq ans. Les récentes inondations et les pluies incessantes pourraient toutefois limiter la participation. Vers 14 heures, seuls 20 pour cent des 18 millions d'électeurs inscrits s'étaient déplacés aux urnes.
L'administration a mobilisé pas moins de 75 000 personnes pour assurer le bon déroulement du scrutin dans les 10 462 bureaux de vote répartis dans l'ensemble des 48 wilayas du pays. Les forces de sécurité ont renforcé leur présence en augmentant le nombre de barrages routiers pour prévenir le risque de toute attaque terroriste. Les policiers contrôlent le trafic près des écoles utilisées comme bureaux de vote, le stationnement a été interdit dans ces zones et les électeurs sont systématiquement fouillés. Les partis politiques ont également déployé leurs propres représentants pour tenter d'empêcher toute fraude.
Les habitants de la capitale, comme ceux des autres villes du pays, sont allés voter en nombre réduit sous la pluie battante. Ce jeudi matin, les rues d'Alger, habituellement bondées, étaient désertes et la circulation était inhabituellement fluide.
Dans le quartier populaire de Bab El Oued, fortement touché par les intempéries qui frappent le nord du pays depuis le début de la semaine, les bureaux de vote sont restés quasiment vides. Aux alentours de dix heures, l’affluence dans les bureaux de vote était très réduite. Le même scénario se retrouvait dans la commune de Oued S'mar, une banlieue est d'Alger, où le bureau de vote de la "Cité des 532 logements" n'a connu qu'une affluence très réduite durant la matinée.
Les rares personnes rencontrées par Magharebia dans les bureaux de vote étaient pour l'essentiel des retraités qui considèrent l’acte de voter comme un devoir patriotique. C'est le cas de Lakhdar, un sexagénaire retraité de l’administration, qui affirme : "J’ai toujours voté et je continue de le faire, même si je ne suis pas toujours satisfait du rendement du personnel politique."
Walid, un jeune chômeur de vingt ans, ne cache pas sa colère. "Je ne vois pas pourquoi je voterais. Vous avez vu ce qui s’est passé pendant les inondations. Si les maires avaient fait leur travail, les maisons n’auraient pas été inondées. Ils ne pensent qu’à se remplir les poches."
Pour de nombreux Algériens, les intempéries ont démontré l'incapacité des élus locaux à gérer les affaires de la cité. A quelques jours des élections, ces inondations font craindre aux partis politiques un taux d’abstention similaire à celui enregistré lors des législatives de mai dernier.
Le Ministre algérien de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni a imputé le manque d'enthousiasme des électeurs aux conditions climatiques. Il a demandé aux Algériens de défier la nature dans l'intérêt du pays.
De leur côté, les inondations continuent de faire des victimes. Trois personnes de la même famille sont mortes aujourd'hui à Ain Defla dans l'effondrement de leur immeuble.
Abdelaziz Belkhadem, Premier Ministre et secrétaire général du Front de Libération Nationale, a également parlé du temps. Il s'est rendu ce matin dans le bureau de vote El Ghazali d'El Mouradia à Alger, et a déclaré : "J’espère que le taux de participation aux élections locales sera nettement supérieur à celui enregistré lors des législatives du mois de mai." Il a reconnu toutefois que "la nature n’a pas gâté les partis politiques".
De leur côté, certains responsables de partis s'inquiètent de possibles irrégularités. Des partis d'opposition comme le Front des Forces Socialistes et le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie ont posté des observateurs pour prévenir toute fraude électorale. Aux côtés d'observateurs des autres partis, ils procèdent à des contrôles pour s'assurer que les urnes ne sont pas déjà remplies. En l'absence de la commission de surveillance des élections, ils continueront d'observer les élections jusqu'à la fermeture des bureaux de vote à 19 heures et au dépouillement des voix.
Le Ministre de l'Intérieur avait publié une circulaire il y a plusieurs jours interdisant aux femmes portant un voile couvrant leur visage de pénétrer dans les bureaux de vote. Il avait également demandé aux autorités de vérifier l'identité des électeurs pour tenter de prévenir les cas de fraude, comme ceux enregistrés le 17 mai, lors des dernières élections, où des femmes voilées avaient réussi à voter plusieurs fois.
Les électeurs devront départager les candidats de 23 partis pour les 8 000 listes APC et les 322 listes APW. Les résultats seront officiellement annoncés vendredi matin , lors d'une conférence de presse au Ministère de l'Intérieur.