26/11/2007
L’électeur algérien devient de plus en plus difficile à convaincre. A l’approche du double scrutin, les citoyens sont “divisés” et portent un jugement sévère sur les candidats en lice.
Par Mouna Sadek pour Magharebia à Alger – 26/11/07
![]() [Getty Images] Des citoyens Algériens considèrent les élections locales comme un important évènement pour barrer la route aux incompétents et aux élus sans scrupules. |
Alors qu'il ne reste que quelques jours avant les élections locales en Algérie, prévues le 29 novembre, de nombreux candidatsv oient leurs efforts de campagne contratriés par un électorat de plus en plus sceptique.
Alors que certains citoyens Algériens considèrent les élections locales comme un important évènement pour barrer la route aux incompétents et aux élus sans scrupules, beaucoup sont convaincus que le scrutin n'aura aucun impact de toute façon.
" Ce sera encore des élections sans surprise. Il n’y a pas de changement à l’horizon. Voter en Algérie, c’est persister à croire au père Noël ", assure Karim, 32 ans, informaticien dans une entreprise de télécommunications.
Il enchaîne : " nous sommes plus préoccupés par la cherté de la vie, la crise du logement, l'inaccessibilité au crédit bancaire et nous sommes las d'entendre des promesses sans lendemain ".
Mourad, chômeur habitant la ville de Rouiba (près d’Alger) souligne que les discours des candidats sont globalement " creux ".
J’ai suivi avec attention les discours développés par les responsables des partis à la télévision. Il n’y a, a mon avis, aucune proposition concrète. Sur le terrain, seuls quelques présidents de parti sillonnent les wilayas du pays ", indique-t-il.
Il relève le fait que ce sont toujours les mêmes personnes qui reviennent pour briguer un second mandat. " S’ils avaient de bons programmes à réaliser pourquoi ne l’ont-ils pas fait durant leur premier mandat ? De nombreuses communes sont entachées de scandales. Pour certains élus, c’est surtout une opportunité pour “émerger” dans les affaires et se faire un nom ", croit-il savoir.
Nabil, jeune étudiant en sciences politique, partage le même sentiment. " Comme d’habitude, on fait du neuf avec du vieux. Le problème ce n’est pas les élections, ceci est une nécessité mais il faut savoir ce que les élus vont en faire ", nous explique-t-il, ajoutant qu’il aurait voulu voir des listes de jeunes. " Même s’ils font des erreurs, ça leur permettra d’apprendre ", estime-t-il.
Il regrette notamment le fait que les assemblées populaires dans les wilayas et dans les communes n’aient pas de grands pouvoirs pour changer les choses. " Tout est entre les mains de l’exécutif. Ils ont le pouvoir de créer des commissions mais n’ont pas celui de décision ", dit-il.
De nombreux passants, interrogés, déplorent le manque de pouvoir accordé aux institutions locales. C'est pour beaucoup d'électeurs une des raisons principales motivant leur abstention lors de ce scrutin.
Mohammed, cadre quadragénaire d’une entreprise publique, est lui aussi, mitigé. " Oui je veux aller voter. Qui est ce citoyen qui ne veut pas du bien pour son pays, sa localité ou son douar. "
Mais quand on voit, dans notre quotidien, ce qui se passe dans les mairies d’Algérie, il y a de quoi se rebeller. Comment voulez-vous qu’un élu s’occupe des affaires du citoyen alors qu’à l’intérieur des communes rien ne va plus. L’État fait tout. À quoi donc sert d’élire un maire. Nos communes sont de simples guichets pour délivrer des papiers d’identité", considère-t-il.
D’autres citoyens estiment, au contraire, que le rendez-vous du 29 novembre est une belle opportunité d’exclure les incompétents et aux élus sans scrupules.
Pour Akli, enseignant, il est important de faire place au pragmatisme. " J’ai besoin d’un logement pour me marier et fonder ma petite famille, vu que les présidents des communes ont la charge de la confection des listes de bénéficiaires des logements participatifs sociaux, je vais voter pour celui qui me semble le plus honnête. Ainsi je pourrais avoir une chance de figurer dans cette liste ", déclare-t-il.
D’autres estiment que le Boycott n’est pas une solution aux problèmes de l’Algérie. " Nous ne devons pas laisser des incompétents nous gouverner", dit Nora, employée dans la Wilaya d’Alger. "Nous devons, de ce fait, voter en masse le 29 novembre. C’est de cette manière que nous pouvons demander des comptes aux élus à chaque décision prise à notre insu.
Il est facile d’incriminer un élu, mais encore faut-il que nous citoyens, nous soyons responsables et prendre les choses au sérieux ", assure-t-elle.