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Un colloque appelle à la régulation de la télévision satellitaire arabe

21/11/2007

Les professionnels des médias arabes se sont rassemblés à Tunis pour mettre la pression les Gouvernements, afin qu'ils durcissent les règlementations concernant la diffusion télévisuelle régionale.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 21/11/07

[Jamel Arfaoui] Slaheddine Maaoui (à droite), directeur-général de l'ASBU, a parlé de la nécessité de mettre fin au vide juridique dans le secteur

Des spécialistes des médias venus de tout le monde arabe se sont réunis à Tunis, samedi 17 novembre, lors d'un colloque international portant sur les défis posés par les télévisions satellitaires arabes, sous le parrainage de l'ABSU ( Union de télédiffusion des Etats arabes). Les participants ont souligné la nécessité de réguler l'industrie de la télévision arabe en introduisant la législation dans ce secteur, que Moataz Al Demerdash, professionnel égyptien des médiias égyptiens, a qualifié de "chaos parfait".

Des experts de l'audiovisuel ont évoqué les insuffisances en matière de législation, de politique et d'information, actuellement exploitées par les entreprises et qui leur permettent la diffusion de contenus obscènes ou extrémistes, dont les participants réunis à Tunis ont souligné qu'ils menaçaient la santé mentale des jeunes arabes.

L'expert tunisien des médias Ridha Najar, ancien directeur du Centre Africain de Formation des Journalistes, a rejeté l'usage du terme de "chaos" pour décrire les médias régionaux. "Le boom des diffusions arabes par satellite est une opportunité en or pour s'ouvrir au monde et aux autres cultures, et c'est une chose positive", a-t-il affirmé.

Najar a appellé à une règlementation de l'industrie, mais a dit que "l'ère de la censure a existé, mais c'est terminé, [au contraire], ce sont des normes minimales qui devraient être mises en place pour l'octroi des licences de diffusion".

Il existe plus de deux mille chaînes diffusées dans la région arabe, dont 300 offrent une programmation en langue arabe.

Il y a trois villes médiatiques libres dans la région arabe : le Caire, Dubaï et Amman. Selon Sayyid Helmi, directeur de production égyptien dans le domaine des médias, tout individu muni d'un capital suffisant peut lancer une chaîne de télévision, si elle se conforme à des directives spécifiques, comme celle d'éviter de programmer un contenu jugé inapproprié ou incitant au trouble civil. Le problème, dit Helami, est que : "Nous n'avons aucun mécanisme de suivi pour savoir si le propriétaire de la chaîne remplit ses engagnements ou non".

Salah Najm, directeur de l'actualité sur la BBC arabe, a fait part de sa préoccupation concernant la législation réclamée par les participants, qui pourrait se révéler êtrte une arme à double tranchant, ramenant la région arabe vingt ans en arrière.

Dans une déclaration à Magharebia, Mohamed Al-Ghazali, Président de la Haute-Commission pour les Communications des Médias audiovisuels au Maroc, écarte cette possibilité. "Je ne crois pas qu'appeller à la fin de la loi de la jungle, dont le chaos est aujourd'hui la base, ralentira le progrès vers la liberté des médias au Maroc", déclare-t-il.

Slaheddine Maaoui, directeur-général de l'ASBU, a parlé de la nécessité de combler le vide juridique dans le secteur : "Nous ne parlons pas du problème de la liberté des médias, ou du principe de la liberté d'émettre - cette question a été traitée - ce dont nous avons plutôt besoin maintenant, c'est d'établir un minimum de directives qui soient les bases d'une structure médiatique solide".

Maaoui a dit que les Ministres arabes de l'Information se rencontreront au Caire en janvier prochain pour évoquer ce sujet.

Ridha Najar a déclaré à Magharebia que les Etats arabes devaient apprendre à accorder plus d'attention aux émissions; et " donner aux citoyens arabes plus de protection à la maison comme à l'école en prônant une culture de tolérance et d'acceptation de l'autre".

Il a aussi demandé que soient "offerts des programmes de télévision en phase avec les préoccupations quotidiennes des citoyens arabes, qui veulent voir leur réalité reflérée dans les films, les nouvelles, toutes les émissions qu'ils sont susceptibles de regarder".

Le critique de Télévision Khamis Khayyati dit que les régimes arabes "ont pensé que le boom médiatique correspondait à une invasion culturelle et à un combat de civilisations, et ils ont dû penser à un moyen d 'immuniser les citoyens face à ce qui était en train de tomber du ciel, et je crois surtout que cette immunisation peut se faire à travers la démocratie et le respect de l'individu".