12/11/2007
La proposition de budget 2008 au Maroc comprend des mesures ambitieuses visant à améliorer l'éducation, le logement et les soins de santé tout en augmentant la compétitivité économique du pays.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 12/11/07
![]() [Sarah Touahri] Salaheddine Mezouar, Ministre des Finances, présente le budget 2008 devant le Parlement. |
Le Gouvernement marocain a annoncé, mercredi 7 novembre, que la moitié du budget proposé pour l'année 2008 serait consacré à des programmes d'aide sociale. Alors qu'il présentait son projet budgétaire, Salaheddine Mezouar, Ministre des Finances et de l'Economie, a déclaré que ce projet "fait partie d'une vision nouvelle qui place le développement et la lutte contre la pauvreté et la marginalisation au centre de [nos] préoccupations".
En 2008, 1.2 milliards de dirhams seront alloués à l'Initiative pour le Développement National. Le gouvernement veut améliorer la qualité de l'enseignement grâce à une augmentation de 9.7% de son financement, et s'efforce de mener à bien un programme visant à rendre l'éducation accessible à travers tout le pays, à encourager l'implication du secteur privé, à endiguer le phénomène de l'abandon scolaire et à mettre en place des programmes de formation professionnelle et d'alphabétisme.
Le nouveau budget prévoit un montant de 1.7 milliard de dirhams pour le secteur du logement. Le rythme des constructions de maisons subventionnées sera accéléré en débloquant les logements publics et en réduisant les formalités administratives. De plus, un nouveau type de logements exemptés d'impôts en direction des familles à moyens limités sera mis l'année prochaine en fonctionnement.
Le budget de la santé augmentera de 10.4% par rapport à 2007, et le gouvernement continuera à faire la promotion de l'assurance médicale obligatoire pour les citoyens à bas revenus et pour les salariés du secteur privé.
En ce qui concerne l'emploi, le gouvernement a prévu de mener à bien son initiative visant à former 15 000 nouveaux ingénieurs par an à l'horizon 2010, ainsi que 3300 nouveaux docteurs d'ici 2020, et 10 000 travailleurs sociaux par an d'ici 2012 .
De manière à maintenir le pouvoir d'achat des particuliers et à réduire le coût de la vie, le Gouvernement veut tenir l'inflation à 2% et allouer des fonds pour subvenir aux biens de consommation considérés comme essentiels. Le budget de la Caisse de Compensation, qui gère ces mêmes subventions, augmentera de 15 milliards de dirhams en 2007 à 20 milliards de dirhams l'année prochaine.
Selon le Ministre des Finances, le Gouvernement prévoit une croissance de 6% en 2008 et une réduction du déficit budgétaire de 3.4% du PIB à 2.4%.
Le Gouvernement a également annoncé une série de mesures visant à remanier le secteur fiscal. Un des changements les plus importants sera la réduction de l'impôt sur les sociétés, actuellement à 35% et qui passera à 30%. De plus le taux maximal des taxes douanières sur les produits industriels importés passera de 45% à 40%.
Le comité des finances de la Chambre des Représentants a amorcé un débat sur le budget dès son annonce au Parlement. Cheikh Amar, Président du Comité, a donné un avis positif sur ce projet, en particulier sur les évaluations de la croissance escomptée, sur les réformes d'impôts et sur les programmes de la Caisse de Compensation.
Certains membres du Parlement ont néanmoins exprimé des préoccupations.
Fatima Mustaghfir, députée du Mouvement Populaire, dit que la proposition "déborde, comme d'habitude, sur de trop nombreux secteurs, alors qu'elle devrait s'être concentrée sur trois ou quatre, afin d'obtenir des résultats significatifs".
Le public marocain se montre lui aussi sceptique. Said Belmkhoter, infirmier, a dit à Magharebia que les chiffres et les mesures annoncées pour le secteur de la santé n'offrent rien de nouveau et s'apparentent davantage à la continuation de stratégies déjà en place. Il dit aussi que les mesures devront se traduire dans l'action réelle afin qu'une partie de la population puisse en bénéficier concrètement.
Le professeur Mourad Madani dit qu'il sera impossible d'atteindre une croissance à 6.8%, car la saison agricole en cours a été médiocre jusqu'à présent et que les prix du pétrole et des matières premières a été en constante augmentation.