Magharebia
Édité sur Magharebia‎ (http://www.magharebia.com) ‎
http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/features/2007/11/11/feature-01

L'Algérie favorise la réinsertion des femmes détenues

11/11/2007

Un nouveau programme vise à faciliter la réinsertion des femmes algériennes à leur sortie de prison.

Par Mohand Ouali pour Magharebia à Alger – 11/11/07

[Getty Images] Les femmes présentant des casiers judiciaires doivent faire face à des tabous et à des préjugés

Les Algériennes ayant purgé des peines de prison se trouvent confrontées à de sérieux défis lorsqu'elles souhaitent réintégrer la société. Pour traiter ce problème, le gouvernement algérien a entrepris un nouveau projet, en coopération avec le Programme des Nations Unies pour le Développement, pour fournir une assistance à ce segment de la population parfois très marginalisé.

La population carcérale féminine compte actuellement 820 personnes en Algérie, a indiqué le directeur de l'administration pénitenciaire, Mokhtar Felioune, lors d'une cérémonie organisée le 23 octobre pour célébrer la réinsertion de quelque trente femmes libérées de prison.

Cette cérémonie, organisée à la résidence du magistrat, a été la première de son genre et s'inscrit dans le cadre d'une stratégie de réinsertion lancée par le Ministère de la Justice et le PNUD pour venir en aide à la population carcérale. "Nous avons choisi de nous centrer sur les femmes", déclare M. Felioune, "parce qu'elles éprouvent plus de difficultés à trouver un emploi que les hommes. L'objectif est de les réinsérer pleinement dans la société". Pour ce faire, trente machines à coudre, quinze machines à broder et quatre kits de coiffure ont été distribués à ces ex-détenues.

Interrogée sur les facteurs qui rendent difficile la réinsertion sociale des femmes ayant fréquenté les prisons, Djamila Belhouari, sociologue et chercheuse au Centre de Recherche en Economie Appliquée au Développement, déclare: "La société algérienne vit encore sous le poids de tabous et de préjudices dès lors qu'il s'agit de personnes présentant un casier judiciaire – en particulier les femmes, dont les conservateurs estiment qu'elles devraient être cantonnées à un rôle mineur au sein de la société."

Bien que Mme Belhouari pense que les hommes rencontrent les mêmes problèmes avec les autorités, les choses sont plus difficiles pour les femmes en termes purement sociaux. "Socialement", explique-t-elle, ces femmes sont "mortes" parce que la société ne porte que très peu d'estime aux femmes qui ont eu des démêlés avec la justice.

Selon Mme Belhouari, tout dépend de la raison pour laquelle une femme s'est retrouvée en prison. "Si c'est pour des raisons politiques ou des affaires d'honneur, les choses sont un peu différentes – cela est alors considéré comme plus 'respectable', pourrait-on dire. Mais si c'est pour un autre délit, la société n'a que peu pitié d'elles. 'El habs lerdjal', comme le dit le proverbe – la prison, c'est pour les hommes."

Mokhtar Felioune a également déclaré que "le taux de criminalité chez les femmes est très bas en Algérie", comparé aux autres pays et en proportion de l'ensemble de la population carcérale dans le pays, qu'il estime à plus de 55 000 personnes. Et d'ajouter que la plupart de ces femmes sont condamnées pour des délits "liés à l'honneur".

Dans son discours d'introduction, le représentant du PNUD, l'ambassadeur Marc Destanne de Bernis, a expliqué qu'il ne peut y avoir de politique pour les prisons sans politique de réinsertion. Il a félicité le gouvernement algérien et le Ministère de la Justice pour l'attention qu'ils portent à ce problème "crucial", affirmant que l'intérêt que lui porte l'Algérie depuis déjà longtemps en fait "un exemple pour de nombreux pays, car elle a pris ses engagements très au sérieux en matière de Droits de l'Homme et du traitement humain des prisonniers."

M. de Bernis s'est également félicité du soutien que les autorités algériennes ont apporté aux prisonniers ayant bénéficié d'une formation pendant leur détention, et a qualifié certaines des prisons du pays de "exemplaires".