31/10/2007
Essaouira accueillera un festival de musique et de culture andalouse, du 1er au 3 novembre. Evoquant le souvenir d'une époque marquée par la coexistence pacifique entre Juifs et Musulmans, les organisateurs de ce festival espèrent diffuser un message de paix par le truchement des échanges culturels.
Par Mawassi Lahcen pour Magharebia à Casablanca – 31/10/07
![]() [Mawassi Lahcen] Rabbi Haim Louk (à gauche) participera à l'hommage rendu à Abdessadek Cheqara (à droite), aujourd'hui décédé. |
Du 1er au 3 novembre, la ville marocaine de Essaouira accueillera un festival de musique andalouse – un mélange de flamenco, de chants traditionnels de Grenade et de musique instrumentale – avec la participation d'artistes venus des deux rives de la Méditerranée et de l'Atlantique.
Grâce à des paroles de chansons mélangeant arabe, hébreu, dialecte parlé marocain et espagnol et en les intégrant sur d'anciennes mélodies andalouses, les organisateurs de ce festival espèrent envoyer un message en faveur des échanges culturels et de la coexistence pacifique.
Le président de l'association Essaouira André Azoulay explique : "C'est une invitation à faire revivre la mémoire commune que nous semblons avoir perdue ; une invitation à retrouver cet âge d'or de la coexistence et de la formation d'une civilisation et d'une culture communes ; une invitation à danser ensemble et à donner une image différente de l'image catastrophique des relations entre Juifs et Arabes telle qu'elle est transmise chaque jour par les médias."
En marge de ce festival, une exposition d'arts plastiques sera proposée, qui offrira des oeuvres de quinze artistes marocains travaillant sur le thème de la coexistence et des échanges culturels. M. Azoulay ajoute que les oeuvres exposées seront la réponse des artistes marocains à la théorie du "choc des civilisations" qu'il considère comme une erreur motivée par des desseins politiques.
D'autres oeuvres seront proposées sous le titre "Visages de la Musique Juive et Arabe". Ces travaux emmèneront les visiteurs dans un voyage historique commençant avec les peintures d'Eugène Delacroix datant de son séjour à Tanger (1847), lorsqu'il faisait appel aux grands musiciens juifs de l'époque pour en faire le portrait, puis à travers des photographies de la fin du XIXème et du début du XXème siècle, pour aboutir aux icônes de la Nouvelle Vague Orientale sur lnternet.
Ce festival rendra également hommage à l'artiste marocain aujourd'hui décédé Abdessadek Cheqara (1931-1998), considéré comme l'une des principales figures de la préservation du patrimoine andalou au Maroc.
L'un des grands participants à ce festival sera le rabbin Haim Louk, chef de la communauté judéo-marocaine "Em Habanim", dont le siège est à Los Angeles. Connu pour sa voix mélodieuse, il est considéré comme l'un des rares spécialistes du patrimoine musical commun arabo-juif, en particulier des arts "piyut" et "mtroj", dans lequels des mots en arabes et en hébreu sont mélangés dans des chansons.
Participeront également à ce festival le musicien algérien Maurice El Mediouni, l'artiste marocain Mohamed Ben Omar Ziani, le chanteur marocain Hayat Boukhriss, et un groupe dirigé par Mohamed Amin El Akrami, professeur de musique andalouse à Tétouan, ainsi que la chanteuse Samira Kadiri, accompagnée par le groupe ARABISC.
L'autre rive de la Méditerranée enverra également le chanteur espagnol de flamenco Juan Peña Fernández - "El Lebrijano", de sa ville de naissance de Lebrija -, et la star du flamenco Estrella Morrente.
Ce festival sera également l'occasion de rassembler des spécialistes du patrimoine arabo-juif commun, des chercheurs et des artistes originaires du Maghreb, d'Europe et des Etats-Unis.
"Nous notons un intérêt croissant dans le monde en faveur du patrimoine arabo-juif commun ; une tendance à la restauration de la mémoire et à la redécouverte d'une identité commune", explique M. Azoulay. "Lors de ces rencontres, les spécialistes se pencheront sur le point de savoir si cette tendance ne relève que de la simple nostalgie, ou si elle est effectivement le reflet de quelque chose de plus fort."