17/10/2007
Certains voient la nomination de sept femmes ministres comme une forme de compensation à la baisse généralisée de la représentation féminine au parlement après les élections du 7 septembre.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 17/10/07
![]() [Sarah Touahri] Yasmina Baddou dirigera le Secrétariat d'Etat à la Famille, à l'Enfance et aux Personnes Handicapées |
Le nouveau gouvernement dont la composition a été dévoilée par le Premier Ministre Abbas El Fassi comporte un nombre record de femmes ministres. Sept au total seront en charge de départements allant de l'Energie à la Culture, contre seulement deux dans le précédent gouvernement.
Les sept femmes qui ont été nommées dirigeront des ministères clés. Yasmina Baddou sera à la tête du Secrétariat d'Etat à la Famille, à l'Enfance et aux Personnes Handicapées auprès du Ministère de la Santé. Amina Benkhadra a été nommée Ministre de l'Energie, des Mines, de l'Eau et de l'Environnement, un poste qu'elle avait brièvement occupé en 1997. Le retour le plus spectaculaire est celui de la championne olympique Nawal Moutawakil à un poste qu'elle connaît bien, la Jeunesse et les Sports.
Connue pour ses nombreuses années de militantisme en faveur des problèmes des femmes, la pharmacienne Nouzha Skelli s'est vue proposer le Ministère du Développement Social.
L'actrice et réalisatrice Thourya Jabrane a été nommée au Ministère de la Culture. Connue pour ses prises de position relatives aux questions sociales dans son travail, elle est diplômée du Conservatoire National et avait débuté sa carrière en 1972 dans la compagnie théâtrale Maamora.
Le secteur de l'Enseignement public sera également placé sous la direction d'une femme, Latifa Labida, qui avait débuté sa carrière d'enseignante en 1973 et avait déjà été Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Education Nationale.
Le quatrième portefeuille a été attribué à la directrice de la radio nationale et ancienne directrice de l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication, Latifa Akherbach. Mme Akherbach dirigera le Secrétariat d'Etat auprès du Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération.
Jamais aucun des vingt-huit gouvernements précédents n'avait comporté autant de femmes. Le plus grand nombre avait été enregistré lors du remaniement mis en place par le Premier Ministre Abdellatif Filali en 1997, lorsque quatre femmes avaient été nommées ministres. Elles n'étaient restées en poste que quelques mois seulement, jusqu'en mars 1998. A cette date, deux femmes avaient été nommées au gouvernement, Aïcha Belarbi comme Secrétaire d'Etat et ambassadrice du Maroc auprès de la Commission Européenne et de la Communauté Européenne, et Nezha Chekrouni, comme Secrétaire d'Etat en charge des personnes handicapées. En septembre 2000, elle avait été la seule à rester au gouvernement.
Trois femmes avaient été désignées dans le gouvernement formé le 7 novembre 2002. Yasmina Baddou y dirigeait le Secrétariat d'Etat à la Famille, à la Solidarité et à l'Action Sociale. Nezha Chekrouni avait conservé son portefeuille de Ministre en charge des Marocains de l'Etranger. Et la Secrétaire d'Etat à l'Alphabétisation et à l'Education Informelle Najima Rhozali avait perdu son poste en juin 2004.
"Les femmes du Maroc jouent leur rôle dans le développement économique, politique et social du pays", a déclaré à Magharebia Samira Mrabet, militante des droits des femmes. "Elles méritent d'être reconnues. En fait, grâce à la volonté de plusieurs institutions de mettre en place une société moderne et démocratique, [les femmes] ont déjà franchi des étapes importantes au niveau politique et social."
Le professeur en sciences politiques Mohamed Jamoumi explique que la décision de renforcer le nombre de femmes au gouvernement illustre le désir dans les plus hautes sphères de l'Etat de reconnaître les compétences des femmes et la place qui leur revient dans la société marocaine. "Cette décision est historique et compense la faible représentation au niveau parlementaire, qui s'était réduite depuis les dernières élections."
L'opinion publique marocaine a accueilli favorablement cette augmentation, bien que certains aient émis quelques réserves sur les femmes nommées. Pour Ahmed Hassimi, employé dans une banque, "c'est une bonne chose de nommer autant de femmes au gouvernement, mais ils auraient dû choisir quelqu'un d'autre pour le Ministère de la Culture".
Même réaction chez Selma Farhani. "J'espère que ces femmes s'efforceront de créer une bonne image d'elles-mêmes aux yeux du public, même si certaines d'entre elles auraient pu être remplacées par d'autres. Par exemple, j'aurais plus vu Latifa Akharbache à la tête du Ministère des Communications qu'à celle des Affaires Etrangères", a-t-elle déclaré à Magharebia.