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La musique soufie connaît un grand engouement pendant le Ramadan

09/10/2007

En Tunisie, la musique soufie est en vogue durant le mois du Ramadan, où des publics nombreux et variés assistent à de nombreux concerts.

Par Mona Aoun pour Magharebia à Tunis – 09/10/07

[Mona Aoun] La Tunisie propose de nombreuses attractions aux amateurs de musique soufie.

A Tunis, le Ramadan est marqué par des festivals consacrés à la musique soufie et à d'autres formes de musique religieuse. Dans l'ancienne ville, des processions appelées kharja sont organisées par des groupes de différentes écoles soufies, qui sortent de la mosquée d'un saint homme et entreprennent une lente procession dans la ville, en chantant des prières et des azkar.

Les festivals du Ramadan qui proposent des spectacles artistiques réservent également un certain espace à la musique soufie. Le Ministère de la Culture apporte son soutien à ce genre musical, et demande aux organisateurs de festivals de l'inclure dans leurs programmations.

"Le Festival de Musique Spirituelle est par essence une manifestation culturelle qui vise une certaine catégorie de personnes très attirées par ce type de musique", affirme le directeur du festival Lotfi Mraihi, qui exprime sa satisfaction au vu du soutien dont bénéficie le festival, et de la valeur ajoutée que celui-ci apporte à la scène musicale en Tunisie.

La musique soufie attire toutes sortes de Tunisiens, jeunes ou non, habitués ou non à ce style musical ou aux artistes qu'il inspire.

"Je profite du mois du Ramadan pour apprendre à mieux connaître un aspect important de notre civilisation et de notre culture. Chaque fois, je découvre de nouvelles choses", affirme Na'imah Hassan, une étudiante.

A Tunis, trois festivals se spécialisent dans la musique soufie et se consacrent à trois thèmes : la récitation religieuse, la musique instrumentale et la musique spirituelle.

Interrogé sur l'importance de cette musique dans la propagation d'une pensée islamique contraire aux idées d'un Islam radical, M. Mraihi affirme: "Cette musique, qu'elle soit soufie, religieuse ou spirituelle, représente un Islam bienveillant, partisan de l'écoute et de la tolérance, et non un Islam de strict obédience."

"A Tunis, ce type de musique se retrouve lors de nombreux festivals, mais le seul qui propose un programme spécifique est le Festival de Musique Spirituelle", précise-t-il.

Hatem Ferchichi, un chanteur très connu à Tunis, considère le Ramadan comme un mois de légitimité et de spiritualité par essence. En tant que tel, affirme-t-il, une attention plus grande doit être accordée à la musique soufie et aux différentes écoles (Tariqa), en particulier l'approche 'Salamiste'. "Le salamisme, très connu en Tunisie, est une école de pensée soufie qui est profondément ancrée dans nos racines arabo-islamiques", explique-t-il.

Le salamisme avait été fondé par le Libyen Abd Salam Asmar. Les chanteurs de la tradition récitent des chants et des poèmes du volume intitulé "Navire des Océans" [Safinat al-Buhur], qui contient tous les enseignements et toutes les histoires du maître soufi Abd Salam Asmar.

Il existe un certain nombre d'écoles de soufisme en Tunisie, telles que le kadrisme, le salamisme et le jilanisme - dont chacune est liée à sa région d'origine.

"Les écoles soufies sont plus liées à une localité qu'à la pensée soufie. Les pratiques sont donc différentes dans les campagnes et les villes", indique M. Mraihi.

Le musicien tunisien Fathi Zaghda explique dans son étude intitulée "La récitation dans l'approche islamique : une lecture musicale", que les écoles de soufisme constituent une partie importante du patrimoine musical tunisien. Il qualifie l'ensemble des travaux soufis de "travail sérieux", contrairement aux "travaux comiques", qui désignent la musique laïque ou le chant.

Le chant soufi à Tunis a connu un essor remarquable au XVème siècle, époque à laquelle les mouvements soufis avaient bénéficié d'un grand soutien. Selon les spécialistes, l'école Shazli est considérée comme la première référence des soufis à Tunis. Elle est attribuée à Abi el Hassan Chedli, qui avait joué un rôle essentiel dans l'implantation de la tradition soufie en Tunisie.