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Entretien avec le président du Centre Marocain des Droits de l'Homme

04/09/2007

Le président du Centre Marocain des Droits de l'Homme, Khalid Cherkaoui Semmouni, a parlé de la décision de son centre de surveiller de manière indépendante les élections du 7 septembre, de ce qu'il pense de la participation de l'Institut National Démocratique américain aux efforts de surveillance, et de la participation de partis islamiques à la vie politique.

Entretien par Naoufel Dekkaki pour Magharebia à Rabat – 04/09/2007

[Naoufel Dekkaki] Khalid Cherkaoui Semmouni, président du Centre Marocain des Droits de l'Homme.

Khalid Cherkaoui Semmouni, le président du Centre Marocain des Droits de l'Homme, s'est récemment entretenu avec Magharebia de la décision de son centre d'assurer une surveillance indépendante des élections, en-dehors du réseau national déjà mis en place pour la circonstance.

Magharebia: Pourquoi votre Centre a-t-il décidé de surveiller les élections séparément, en-dehors du réseau des associations ?

Khalid Cherkaoui Semmouni: Parce que ce réseau a été établi en l'absence du Centre, et a défini sa méthodologie et son programme d'observation de ces élections sans y inclure le Centre. Bien qu'il nous ait demandé avec mollesse de se joindre à lui, nous avons rejeté cette proposition au vu de notre opposition à rejoindre une instance dans laquelle nous n'avions pas été consultés pour définir et formuler la vision. De plus, ce réseau dispose d'un financement qui provient d'un seul parti, et le Centre n'aura aucun rôle à jouer dans la gestion financière. En cas de mauvaise gestion, nous aurions pu être tenus pour responsables d'un acte auquel nous n'aurions pas pris part, en particulier du fait que ce réseau doit gérer des sommes très importantes.

Nous espérons que ce réseau sera indépendant, mais il coordonne son action avec le Conseil Consultatif des Droits de l'Homme, considéré, lui, comme une instance quasi-gouvernementale non indépendante. Ainsi, pour assurer sa neutralité et son objectivité, notre Centre a décidé de travailler seul, en coopération avec ses bureaux régionaux. C'est une question importante, parce que nous n'avons reçu aucun financement et n'en demanderons aucun. Les membres des bureaux régionaux de notre Centre ont en fait commencé à travailler, et ont enregistré un certain nombre de violations liées à ces élections, que nous publierons dans un rapport que nous présenterons lors d'une conférence de presse par la suite.

Magharebia: Sur quels mécanismes allez-vous vous baser pour surveiller ces élections ? Semmouni: Le problème est simple. Les membres des bureaux régionaux du Centre suivront les campagnes électorales et demanderont à être présents dans certains bureaux de vote. Nous espérons que le Ministère de l'Intérieur nous autorisera à le faire.

Magharebia: Donc, votre présence dans les bureaux de vote n'est pas encore réglée, et dépend d'une décision du Ministère de l'Intérieur ?

Semmouni: Le ministère pose la coordination avec le Conseil Consultatif des Droits de l'Homme comme une condition à notre surveillance, chose que nous rejetons en l'absence de toute loi allant dans ce sens. Nous sommes une entité civile et indépendante, et comme cela a été dit lors du discours royal du 30 juillet, pour la Journée du Trône, les entités civiles sont appelées à se joindre à la lutte contre la corruption lors des élections. De plus, le Centre, comme le reste des instances chargées des Droits de l'Homme, est à l'avant-poste de la surveillance des élections, car cela relève de son mandat. Nous sommes encore préoccupés par une possible non autorisation de pénétrer dans les bureaux de vote. Dans ce cas, nous le mentionnerions dans le rapport dont je vous parlais, ce qui serait un point négatif pour le Ministère de l'Intérieur. Si ce dernier souhaite réellement des élections libres et transparentes, il doit permettre à la société civile de remplir son rôle. Et nous estimons qu'il est impossible pour le Conseil Consultatif des Droits de l'Homme d'être le porte-parole officiel de la société civile.

Magharebia: Pourquoi vous êtes-vous opposé à la participation de l'Institut Démocratique américain au processus de surveillance des prochaines élections ?

Semmouni: La responsabilité en incombe au président du Comité Consultatif des Droits de l'Homme, Ahmed Herzenni, qui a joué un rôle essentiel dans l'acceptation de cet institut américain. En tant que Marocains, nous sommes en première ligne pour la surveillance de ces élections, et nous sommes capables de mettre un terme aux différentes violations et de les évaluer de manière objective. Nous n'avons donc pas besoin d'un tel institut. Les bureaux de vote ne se trouvent pas seulement dans les grandes villes, mais aussi dans les zones les plus reculées. Nous savons que la moitié de la population marocaine vit dans des zones rurales, qu'il sera difficile de couvrir complètement pour cet institut américain. Je pense également que nous serons plus efficaces, grâce à nos bureaux situés dans les localités et les villages.

Magharebia: Les programmes des partis politiques pour ces élections vous paraissent-ils réalistes ?

Semmouni: Certains sont bons, mais le problème est lié à leur mise en oeuvre. S'ils doivent participer à la formation d'un gouvernement, la question est de savoir si les partis resteront fidèles aux engagements pris dans leur plate-forme électorale. Il existe de plus un problème juridique soulevant des questions à propos de l'engagement du gouvernement envers sa plate-forme, et s'il doit ou non en répondre devant le parlement, et si ensuite le parlement est [suffisamment] fort pour en tenir le gouvernement responsable. L'affaire est complexe, et il serait trop long de l'expliquer ici en détail.

Magharebia: Quelle est votre position concernant la participation de partis islamiques à la vie politique, lorsque le président de l'Association Marocaine des Droits de l'Homme déclare que le Parti pour la Justice et le Développement représente une menace pour la liberté ?

Semmouni: Quelles que soient les origines des partis, le plus important est qu'ils aient foi en la démocratie et la différence. Toutefois, des différences apparaissent entre le discours et la pratique, en particulier chez le PJD, qui a pris le risque de voir se réduire la confiance générale dont il bénéficie en prenant des décisions non démocratiques dans son processus de sélection des candidats.