15/08/2007
Omar Bahraoui, le maire de Rabat, a été convoqué par le procureur lundi 13 août et comparaîtra jeudi devant le juge du tribunal de première instance de Rabat.
Par Hassan Benmehdi pour Magharebia à Casablanca – 15/08/2007
![]() [Hassan Benmehdi] Bahraoui a été accusé d'avoir utilisé l'argent public pour influencer les électeurs |
Omar El Bahraoui, actuel maire de Rabat et député de la circonscription Rabat-Océan, comparaîtra devant le tribunal de première instance de Rabat le 16 août pour y répondre d'accusations de "campagne électorale prématurée", "utilisation de moyens appartenant à la commune pour influencer les électeurs" et "non-respect de la réglementation électorale", selon le procureur du Roi, suite à l'interrogatoire de l'accusé.
A l'occasion d'une descente de police au domicile de M. Bahraoui lors d'un banquet organisé dans la soirée du jeudi 9 août, quatre-vingt-quatre de ses invités ont été arrêtés pour être interrogés au poste de police de Hay Ennahda dans le quatorzième district de Rabat, puis relâchés après minuit. Dans les procès-verbaux remis à la police, ces personnes ont indiqué que la réunion dans la villa du maire de Rabat avait comme principal objectif l’examen de plusieurs dossiers, et que par la même occasion, M. Bahraoui leur avait demandé de voter de nouveau pour lui lors des législatives du 7 septembre prochain.
Le maire est également accusé d'avoir utilisé des biens publics à mauvais escient. Deux véhicules appartenant à la commune ont été utilisés pour transporter les invités jusqu'à la villa du maire. Il aurait également fait appel à un certain nombre de responsables et de membres du personnel de la commune pour organiser cette soirée, parmi lesquels des fonctionnaires, des élus, des conseillers, des salariés de l'Entraide Nationale et des employés de la commune urbaine de Youssoufia.
La réception organisée par M. Bahraoui est, de l'avis de tous, une campagne électorale avant terme. La loi électorale interdit à tous les représentants locaux ou nationaux d'utiliser les biens publics à des fins électorales ou lors de campagnes électorales.
Le maire a été convoqué une première fois par le parquet du tribunal de Rabat le lendemain de sa réception, le vendredi 10 août. Dans une déclaration à la presse, M. Bahraoui a catégoriquement nié avoir été interpellé par le parquet : "C’est un complot prémédité contre moi par certains dans l’unique but de nuire à ma réputation et de décrédibiliser ma représentativité populaire." Il a également expliqué que, comme tout responsable politique, il avait des ennemis "un peu partout", y compris le conseiller et président de l’arrondissement de Souissi, M. Faouzi Chaâbi, qu'il accuse d'avoir été à l'origine de la diffusion de l'information.
Répondant aux accusations de M. Bahraoui, M. Chaabi a déclaré à la presse que "la satisfaction est générale puisque l’Etat a démontré à tous que le maire de la ville de Rabat est un citoyen comme tous les Marocains, lui aussi soumis à la force de la loi." Et de poursuivre qu’il n’était pas au courant de cette histoire et que si tel avait été le cas, il aurait informé volontiers les autorités publiques. "En ce qui me concerne, j’ai porté plainte contre Bahraoui plusieurs fois pour dénoncer certaines de ses pratiques illégales", a-t-il précisé.
Cette affaire est une première au Maroc. Beaucoup de citoyens et d’analystes ont apprécié la réaction du Ministère de l’Intérieur, qui intervient à un moment où tous les Marocains espèrent que les prochaines législatives se dérouleront dans la transparence, l’honnêteté et la crédibilité. Répondant récemment aux questions des parlementaires, le Ministre de l'Intérieur Chakib Benmoussa a insisté sur le fait que son ministère ne permettra à personne d'utiliser les moyens de l'Etat à des fins électorales. "Nous savons très bien comment assumer notre responsabilité en la matière", a-t-il déclaré aux députés.
Omar Bahraoui est président du conseil municipal de Rabat et membre du bureau politique du Mouvement Populaire (MP), le principal parti au parlement marocain. Avant son élection à la mairie de Rabat lors des élections communales de 2003, il était président de la commune urbaine de Youssoufia à Rabat. Il avait également occupé les fonctions de directeur général des collectivité locales au sein du Ministère de l’Intérieur.